En fin avril, la capitale malienne a déjà connu sa première innondation pour cette année 2025, avant même le début de l’hivernage, seulement avec 53 milimètres de pluie, selon les données.
Comme d’habitude, les ordures étaient aussi au rendez-vous. Une situation inquiétante et qui doit nous interpeller tous, citoyens et autorités. Les dernières innondations meurtrières n’ont-ils pas servi de leçon ?
le problème est connu et tout le monde est unanime qu’il y a innondations parce que les voies d’évacuations principales des eaux sont obstruées par les citoyens. Le problème persiste chaque année malgré le curage des caniveaux secondaires.
Les infrastructures d’évacuation sont inexistantes dans plusieurs quartiers de la capitale. Mais pour les zones qui en disposent, ces ouvrages sont transformés en poubelles. Et l’écoulement des eaux est rendu impossible.
En effet, il y a également des quartiers qui n’ont pas des canaux d’évacuation des eaux, particulièrement les nouveaux quartiers. Dans ces zones, en cas de pluie, l’eau prend la direction des rues pour les concessions. D’autres sources concernent les déchets ménagers que beaucoup prennent du plaisir à déverser dans les caniveaux et même dans les rues sous la pluie. L’incivisme au plus haut degré !
Les victimes sont les bourreaux
Le phénomène de l’inondation à Bamako n’est pas naturel. Après la pluie c’est le défilé des bidons, des sachets et autres déchets (solides et liquides)dans les caniveaux. Nous sommes à la fois victimes et bourreaux.
<< Bamako n’est pas inondé parce qu’il pleut trop mais parce qu’il n y a pas de voies permettant à l’eau de circuler normalement jusqu’au fleuve. Les dechets, les constructions et la boue ont réduit la capacité des cours d’eau à évacuer l’eau. Donc pour l’instant je ne vois pas de solutions possibles parce que la solution est connue mais les autorités ne veulent pas l’appliquer et la population elle même n’en veut pas>>, se désole Bougouzié Jacques Dembélé, enseignant-chercheur.
Ce qui l’accable le plus c’est de voir quelqu’un construire sa maison dans le cours d’eau et à cause de lui les autres sont inondés et ce sont ces autres là qui s’opposent à ce que la maison de ce dernier soit cassée. Les gens défendent l’intérêt individuel au profit du collectif.
<< Après les inondations du 16 mai 2019, il était prévu de casser 1200 maisons qui étaient dans les cours d’eau: ces maisons n’ont pas été cassées au contraire de nouvelles maisons ont été construites >>, regrette t-il.
Alors pour éviter les inondations, chacun doit adopter des actes civiques et d’engagement citoyens. Il faut d’abord éviter de mettre des ordures dans les caniveaux et collecteurs.
Démolir les constructions dans les lits des marigots
La démolition des maisons dans les lits des cours d’eau à Bamako a été annoncée par les autorités. Des communications ont été faites. Elle est prévue avant le début de l’hivernage.
Selon les autorités de la transition, la ville de Bamako ne devra plus connaître les cas des inondations dévastatrices à partir de cette année (2025). C’est une mesure prise par le Président de la Transition le Général d’Armée Assimi GOÏTA.
Tous les citoyens qui occupent les lits et servitudes des onze (11) marigots de Bamako seront déguerpis avant l’hivernage prochain. Une annonce faite par la Direction nationale de l’urbanisme et de l’habitat lors d’un point de presse tenu mi-mars. Et voilà, la première grosse pluie tombée plutôt a pris tout le monde à contre pied.
Des cas d’inondations enregistrés dans la capitale. Même s’il n’y a pas eu de perte en vie humaine, des dégâts ont été constatés. Cela doit interpeller les autorités à accélérer la procédure de démolition annoncée pour éviter les cas précédents.
Les dernières innondations ont fait plus de 75 morts et 250 000 sinistrés, selon les autorités.
Selon un habitant de Missira, Mamadou Coulibaly, le problème fondamental de Bamako est structurel, même s’il y a l’incivisme des populations. Pour lui, les quartiers ne sont pas bien aménagés même les récents comme Aci 2000 ou Cité du Niger. Ce qui fait que les eaux de ruissellement cherchent leurs chemins de gré ou de force.
<< La responsabilité est humaine. Les ordures sont venues trouver une ville construite sur peu de normes >>, a-t-il déclaré.
Peut-on parler de déséquilibre environnemental ?
Possible ! Mais pour le cas de Bamako, il y a simplement un sérieux manque d’éducation environnementale. L’insalubrité et l’inondation sont devenus des normes. Il est temps de mettre fin à cela. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités pour le bonheur collectif des citoyens.
Autre facteur important réside également dans l’élaboration d’un plan fonctionnel pour l’assainissement des déchets solides et liquides, tant qu’on arrive pas à mettre en place ce plan, il y aura des difficultés dans l’évacuation des eaux de ruissellement.
Selon Ousmana Seydou, cette situation peut être résolue si l’Etat consent à y investir les moyens nécessaires.
L’expertise en matière d’assainissement est assez développée et il suffit de confier les études à un organisme qualifié. À l’en croire, cette étude prendra en compte les ouvrages existants et les simulations permettront de maintenir certains, de modifier ou de complément démolir et remplacer d’autres et enfin on y ajoutera le manquant.
<<C’est une question de priorité nationale>>, a-t-il insisté.
Un véritable problème de gestion des déchets
En effet, plusieurs études sont menées et il y a même des financements pour les projets d’assainissements mais le hic, des blocages à cause de l’occupation des sites choisis pour leurs réalisations.
Selon le directeur de l’urbanisme et de l’habitat, Mahamadou Ouologuem, le schémas a prévu des sites pour les stations de boue de vidange, pour les déchets tirés dans nos toilettes. Il y a même un projet qui a eu des financements pour ses réalisations, malheureusement le site est occupé.
En effet, les résidus liquides aspirés des cabinets sont déversés aux alentours de l’aéroport.
Idem pour le site qui devrait abriter le dépôt final des ordures ménagères. << Il est prévu dans le schémas de faire une décharge finale des ordures ménagères à Mountougoula sur un espace de 30 hectares, les gens ont construit sur ce site également >>, a déploré Mahamadou Ouologuem directeur de l’urbanisme et de l’habitat.
Un État impuissant ?
<< Tant que l’Etat restera dans cet état de faiblesse, rien ne changera. Si nous sommes incapables Aujourdhui de prendre des décisions pour nous mêmes, l’Etat ( nous) devrait le faire non pas pour nous mais pour les générations futures. Donc nous ( Etat) nous n’existons pas à ce stade. Le problème de gouvernance ( donc nous mêmes) est et demeure la source de notre malheur. Nous avons encore du chemin à faire >>, regrette Sidy Keïta, directeur de l’Agence de Promotion Touristique du Mali.
Les regards sont désormais braqués sur les autorités de la transition. Vont-elles réussir là où les autres ont échoué ?
Affaire à suivre !
Moussa Sékou Diaby





