Amadia, Daye, Koriomé, trois localités situéeS en périphérie de la ville de Tombouctou. Bien qu’elles partagent les mêmes opportunités, elles ont aussi en commun un défi énorme. Celui de la restauration de la digue de protection de la plaine d’Amadia. Une digue vieux d’une trentaine d’année, qui a été fortement endommagée par les dernières inondations. Et selon le président de la plaine, au moins 85 % des champs ont été inondés durant la campagne de 2022.

Comme opportunités, les trois zones, situéeS dans la commune urbaine de Tombouctou et dans la commune rurale d’Alafia, ont en commun une vaste rizière exploitée grâce à cette digue qui sert de protection pendant la montée des eaux dans le fleuve Niger.

Une délégation de l’Union des Journalistes Reporters du Mali ( UJRM ) en tournée régionale à Tombouctou s’est rendue, dans ces localités, à une trentaine de kilomètres de la ville.
Les visiteurs, après la foire hebdomadaire de Toya, localité riveraine du fleuve Niger, ont fait un tour dans l’un de ces trois greniers rizicoles de la région. Il s’agit du périmètre irrigué d’Amadia, avec une superficie de 624 hectares.

Sur place, ils ont été d’abord surpris de constater que cette partie du septentrion malien, considérée comme la porte du désert, n’a rien à envier de Ségou, sur le plan agricole. D’ailleurs selon le président du périmètre agricole d’Amadia Mahamane Gobi , la région de Tombouctou est la deuxième plus grande zone rizicole du Mali après Ségou.

Pour lui, l’apport de cette plaine est inestimable dans l’économie et le développement de la région de Tombouctou. Cependant, ajoute-t-il, les exploitants font face à de nombreuses difficultés. Mais le plus gros souci, d’après lui, demeure la situation de la digue de protection pour sauver les récoltes.

<< Le gros de nos soucis c’est vraiment la grande réhabilitation de la digue. Même l’accès aux champs n’est pas facile. Même l’accessibilité à l’intérieur des champs, ça pose problème. On demande le pont pour le passage. J’ai fait cette demande pour le grand projet. Pour quitter le village pour les champs, il faut traverser le fleuve. Je demande à l’État de veiller sur ce périmètre là. Avec ce périmètre on a tout. Quand nous produisons beaucoup, on aura pas besoin du riz de Bamako. On va s’autosuffir nous-mêmes ! >>, a déclaré Mahamane Gobi président du périmètre agricole d’Amadia.

Si autrefois le nord du Mali rappelait à plus d’un, un désert, une terre sablonneuse qui manque d’eau, la réalité est de nos jours tout autre. Il n’y a pas que le désert, le septentrion est longé par le fleuve Niger qui sert les riverains à des fins agricoles. C’est le cas du périmètre Irrigué d’Amadia, localité située à une vingtaine de kilomètres de la ville de Tombouctou. En plus de cette plaine, il existe deux autres plaines rizicoles à Daye et à Koriomé.

Avec une superficie de 624 hectares composé de 29 sections qui sont les villages environnants et une partie du village de Toya, dans la commune rurale d’Alafia et de la commune urbaine de Tombouctou, cette plaine s’étend jusqu’à une partie de la région de Taoudéni, selon le président Gobi.

Les conditions d’attribution des parcelles ?

Aux dires du président de la plaine, les parcelles sont attribuées aux amoureux de la terre ( les cultivateurs ) et par famille pour leurs exploitations.
<< Les conditions d’attribution sont: payer la redevance et entretenir les champs. Comme la terre appartient à l’État, les parcelles sont retirées à ceux qui n’ont pas le moyen de les exploiter. Quand le chef de famille ne peut plus cultiver la parcelle, il peut léguer le champ à un de ses enfants >>, a-t-il précisé.

Concernant la prise en charge de la plaine, Mahamane Gobi dira que c’est la redevance d’eau qui supporte les charges du périmètre. << Le calcul se fait à travers les dépenses annuelles. Le montant dépensé est divisé par le nombre d’hectare exploité. Les dépenses concernent l’entretien du périmètre, le paiement du personnel et d’autres besoins >>, a-t-il expliqué.

Malgré certaines insuffisances, les récoltes sont bonnes pour cette campagne de 2025, d’après Mahamane qui affirme que l’une de ses satisfactions c’est de voir que la jeunesse de Tombouctou s’adonne de plus en plus à l’agriculture.

Des problèmes liés à l’entretien du périmètre

<< Notre périmètre date de 34 ans sans réhabilitation, on a des pertes énormes en eaux, manque de machines agricoles. Il n’y a même pas une pelle ici. Nous sommes confrontés à des manques d’intrants. Les intrants que l’État met en notre disposition sont insignifiants en quantité et en qualité. Pour un hectare qui a besoin de 6 sacs, on met en autre disposition entre 7 et 15 kilos d’engrais >>, a déploré Gobi, qui ajoute : << Ici au nord, les exploitants ont besoin d’aide, avec les occupations, il y a un besoin criard de bras valides. Il faut aider les paysans d’ici à se relever >>.

La réhabilitation de la digue qui revient à chaque fois

Touchés par les inondations pendant deux ans, sans aucun soutien, d’après le président du périmètre d’Amadia, les exploitants ont du mal à cultiver les champs. Car selon lui, ce sont  revenus de la saison que les exploitants utilisent pour la prochaine campagne.
<< Voyez vous-même, faire deux ans sans cultiver ce que ça fait. Même l’année prochaine on a des problèmes. Le gros problème c’est la digue de protection >>, a-t-il indiqué.

À en croire le président du périmètre rizicole d’Amadia, les récoltes de cette campagne ont été très bonnes. Cela, grâce aux efforts du gouverneur qui, selon lui, a sû mobiliser quelques ONGs, pour leur permettre de cultiver pendant la campagne.
<< Même l’année prochaine si on a pas  de solutions pour la digue de protection, pendant la campagne, il y aura des problèmes car les champs seront inondés encore. Il faut la digue de protection sinon les gens refuseront d’aller à la campagne car beaucoup de paysans estiment que ça ne sert à rien d’investir dans un champ qui sera inondé avant la récolte >>, a-t-il insisté.

La digue ne protège pas que les plaines

La dégradation de la digue ne touche pas seulement les champs, aux dires de Mahamane Gobi, c’est la ville même de Tombouctou qui est menacé.
<< Le problème de digue là, ce n’est pas seulement à notre niveau, même la ville de Tombouctou est confrontée à ce problème d’inondation. La dernière fois l’eau est partie jusqu’au niveau de l’aéroport. Cette digue là est notre premier souci >>, a-t-il dit.

Un potentiel agricole de moins en moins exploité
<< Nous avons fait une de nos meilleures récoltes durant cette campagne. On a la meilleure qualité du riz ici. Même nos légumes sont très bons. En plus du riz, nous cultivons des légumes par endroit. Parmi celles-ci, la pastèque, du gombo etc. >>, a-t-il fait savoir.
Le rendement dans le périmètre par exploitants est estimé entre 5 à 6 tonnes à l’hectare et par endroit, et avec une meilleure qualité de riz, d’après son président. À ses dires, avant tout, le périmètre était exploité. Maintenant à cause des inondations beaucoup de paysans sont hésitant. Même constat pendant la campagne qui vient de s’achever.

<< Cette année c’est environ 20 à 30 hectares qui ont été délaissés par leurs propriétaires. Parce que ça été annoncé que le niveau d’eau de cette année va dépasser celle de l’année dernière. Ceux qui ont suivi les conseils du gouverneur ont commencé tôt en anticipant la mise en pépinière et ont fait la récolte avant que le niveau d’eau n’augmente. Beaucoup d’autres ont pris du retard à cause du manque de moyens mais qui ont quand-même cultivé et ont récolté avant la crue de l’eau qui commence en fin décembre>>, a-t-il laissé entendre.

Des inquiétudes pour la prochaine campagne

Malgré le démarrage des travaux de réhabilitation dans la plaine, le président Gobi affiche de l’inquiétude quand au bon déroulement de la prochaine campagne, car selon lui, généralement c’est pendant cette période que l’eau monte. Bien que les récoltes sont faites mais pour lui, ça sera plus difficile de faire la réhabilitation des terrains dégradés avec l’inondation.

Il a rappelé que sur financement de la BOAD, les travaux au niveau de la plaine ont commencé juste après le lancement effectué par le premier ministre. Il s’agit des travaux d’aménagement des points d’eau potable pour les exploitants qui autrefois se servaient de l’eau du fleuve, des fausses et quelques magasins.
Pour lui, l’urgence c’est d’abord la restauration de cette digue avant le prochain calendrier agricole. << Pour sauver les récoltes, il faut impérativement  sa réhabilitation totale. Ce qui constitue une garantie à la sécurité alimentaire des populations de Tombouctou“.
<< Il ne faut pas que les gens pensent que la digue là c’est pour la plaine d’Amadia seulement. Les deux autres grandes plaines ont été toutes inondées jusqu’aux abords du goudron ensuite l’eau a pris la direction de la ville de Tombouctou >>, a-t-il rappelé. Et d’ajouter : << La digue est sur le lit du fleuve. Si on ne fait pas une bonne sécurisation, on ne parlera plus de campagne agricole ici >>.

La rénovation de la digue et des canaux des trois plaines rizicoles de Tombouctou, est donc un souffle d’espoir dans la région. Les autorités locales et nationales doivent veiller à ce que le projet arrive à terme pour la satisfaction des populations de Tombouctou.

Ce qu’il faut savoir sur le projet de réhabilitation

La digue de protection de la plaine d’Amadia a été fortement endommagée par les inondations de 2022 et de 2024.
En effet, les travaux de consolidation et de réhabilitation de la digue des plaines rizicoles de Hamadia, Koriome et Daye ont démarré fin juin 2025. Fruit d’efforts conjoints du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et des autorités du pays, avec le soutien financier de l’Union Européenne et de la Coopération allemande, ce vaste projet consistera à colmater les brèches en remblais d’argile compactée sur 10 km et a rehausser la digue en remblais d’argile sur 6,2 km.
D’une superficie de 624 hectares et exploitées par près d’un millier de producteurs agricoles, la digue ainsi que ces plaines rizicoles sont vitales pour les populations de la commune urbaine de Tombouctou.

Moussa Sékou Diaby

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