À Kalabancoro, dans ce grin de jeunes diplômés, jeunes fonctionnaires et journalistes, autour du thé fumant, on discute sur les coupures intempestives de courant et leurs conséquences sur les activités des entreprises et le bien petre des familles. Journaliste, directeur de publication de l’hebdomadaire, le « Triomphe du Mali », Badou Koba qui suit de près cette actualité est bien placé pour en parler.

« Les petites et moyennes entreprises sont en train d’arrêter. Aujourd’hui, ceux qui vendent des poissons de mer venus du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, ils n’en peuvent plus. Ceux qui vendent les poulets de chairs, les boutiquiers qui vendent les laits caillés et autres, beaucoup ont mis la clé sous le paillasson. C’est le même constat au niveau des hôpitaux où des malades meurent faute d’électricité, des soudeurs ne travaillent pratiquement plus, les boulangers sont dans la même situation, les couturiers passent la journée à dormir, il y a une paralysie générale et il faut trouver une solution à cela » dit-il.

La crise du courant au Mali s’est considérablement aggravée depuis fin 2023 et début 2024. Depuis cette date, l’on assiste  à un cycle d’amélioration et de dégradation sans qu’une solution définitive ne soit trouvée malgré les nombreux changements à la tête du département de l’énergie et au sein de la Société Énergie du Mali (EDM). La seule fois où un ministère, Bintou Camara a clairement voulu établir les responsabilités, pointant un doigt accusateur vers des responsables de la société Énergie du Mali et des détournements de citernes, le syndicat a tenu une conférence de presse.

« Ce que Madame le ministre a dit montre qu’elle n’est pas bien informée. Elle doit s’informer pour pouvoir bien informer à son tour. Il a dans un premier temps fait des accusations pour ensuite dire que les investigations continuent. Je crois qu’il faut attendre la fin de enquêtes pour se prononcer sur des sujets aussi délicats, c’est pourquoi nous sommes devant la presse pour rétablir certaines vérité » a dit Baba Ndao, responsable du collectif du syndicat de l’énergie du Mali au micro des journalistes.

Depuis cette période, en 2023, sans que les causes profondes de ces coupures ne soient expliquées aux populations, le quotidien des maliens riment avec quelques heures de courant par jour. En Novembre 2025, les plus de 560 mille habitants de la ville de Mopti, au centre du pays, ont fait tout un mois sans électricité. Ces coupures qui continuent encore en 2026, même  si des améliorations sont souvent constatées, continuent à avoir de nombreuses conséquences sur  plusieurs secteurs d’activités.

À Baco Djicoroni Golf, le mini groupe électrogène est celui que l’on voit en premier avant d’entrée dans l’alimentation de Issouf Bouaré. À cette heure de la journée, où il y a encore de l’électricité, il inspecte nerveusement l’intérieur de son réfrigérateur avec la peur au ventre de ne pas découvrir des produits, notamment laitiers fermentés à cause de la dernière coupures dans la nuit et qui a duré des heures.

« Les coupures ne nous arrangent pas beaucoup. Nous vendons des produits qui ont besoin d’être au frais. Les coupures nous causent donc beaucoup de pertes, on a des produits qui pourrissent dans les réfrigérateurs » assure Issouf Bouaré.

Face à l’urgence de trouver une solution, les autorités de la transition ont lancé en mai 2024 en partenariat avec la Russie la construction d’une vaste centrale solaire photovoltaïque d’une capacité de 200 MW et qui s’étendra sur 314 hectares à Sanakoroba. Les travaux d’un montant de 200 millions d’euros devait durer une année. À ce jour, cette centrale et d’autres dont les travaux ont été lancées dans la période ne sont pas encore opérationnelles. En attendant que ces panneaux solaires entrent en activités, les populations, elles, se sont procurer de panneaux pour faire face à ces coupures. Ici, dans le quartier de Baco-djicoroni-Golf, des panneaux sont visibles sur presque toutes les maisons. Au-delà des ménages, cette adaptation aux coupures se poursuit dans  presque tous les secteurs d’activités. Dans son atelier de menuiserie métallique, Idrissa Cissé, pour le bon fonctionnement de ses activités à dû s’endetter pour s’acheter un groupe électrogène. En alternant entre courant et groupe, il arrive à honorer les commandes de sa clientèle.« On a beaucoup souffert avant d’opter pour la solution des groupes électrogènes. Et pour cela, nous nous sommes endettés. Aujourd’hui on arrive à travailler un peu, mais ce n’est jusque pas là satisfaisant.  Nous alternons entre l’électricité fournie par EDM et celle de nos groupes électrogènes ».

Tout Comme Idrissa Cissé, Nanguita Maïga, lui aussi soudeur métallique a aussi opté pour des solutions alternatives. Des solutions qui ont des coûts souvent très élevés et dont la répercussions légitimes sur les factures des clients posent souvent des problèmes.

« Oui, c’est ça la logique, mais les clients ne comprennent toujours pas et ça cause souvent des problèmes. Alors que moi j’ai acheté quelques trois groupes à hauteur de 5 millions de Fcfa, il me faut rentabiliser cet investissements » dit Nanguita Maïga qui admet toutefois que ces prix ne sont pas les mêmes que quand il y avait suffisamment de courant.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Si le recours aux panneaux électriques et aux groupes électrogènes occasionnent des dépenses supplémentaires pour les ménages et les entreprises, les commerçants qui ont investi ce secteur voient leurs chiffres d’affaires gonfler. Aujourd’hui, grâce à ces coupures, les commerçants de panneaux et de groupes se frottent les mains. Au sein de l’entreprise spécialisée dans le domaine du solaire « KO Solar », les offres sont multiples et la boutique tourne à plein régime. Ici, on évite de parler directement chiffres. Avec une communication bien maitrisée, et assurée par des professionnelles ont associe la bonne santé de l’entreprise à la transition énergétique entamée depuis quelques années par les populations.

« Les panneaux marchent bien de nos jours. Je crois qu’au-delà la crise énergétique beaucoup ont aussi compris la nécessité d’aller vers ces solutions viables et pérennes. On enregistre nos plus grosses ventes en période de chaleur surtout avec les coupures fréquentes à cette période de l’année » dit le chargé à la communication, Souleymane Sylla.

Contrairement à Souleymane Sylla, Koniko Diarra, lui aussi vendeur de panneaux solaires, admet se frotter les mains depuis le début de la crise énergétique et affirme ne pas pouvoir honorer les commandes de ses clients.

« On a des demandes, mais on arrive pas à  satisfaire toute la clientèle. Actuellement sur le marché, il y a un manque qui est constaté chez de nos nombreux vendeurs. Les panneaux de capacités 250 watt qui proviennent des casses sont introuvables tant la demande est forte ».

Nommé en Septembre 2025, Madani Dravé, le Directeur de Énergie du Mali a fait sa première sortie médiatique sur la télévision nationale à la veille du mois de Ramadan. Présenté comme un fin connaisseur du secteur, pour réussir à fournir du courant aux maliens il entend :  remettre  en état les infrastructures existantes, corriger les défaillances sur le réseau et accélérer la transition vers le mix énergétique.

Mohamed DAGNOKO