2026-2027, « Année de l’éducation et de la culture » : le Mali fait de l’école et des valeurs culturelles son arme la plus puissante pour refonder la société. Comme le disait Kant, l’homme ne devient homme que par l’éducation. Discipline, autonomie et enracinement culturel sont les clés d’une cohésion nationale durable.

Lors de la cérémonie des vœux du Nouvel An au Palais de Koulouba, la transition militaire a proclamé la période 2026-2027 « Année de l’éducation et de la culture ». Cette orientation, présentée comme un tournant pour l’école malienne et pour la souveraineté culturelle, s’inscrit dans une ambition nationale de refondation. Elle appelle à l’unité et à la mobilisation de tous. Mais comment penser cette priorité à la lumière de la philosophie ? Emmanuel Kant, dans son Traité de pédagogie (1803), offre une grille de lecture toujours actuelle.

De Kant à Assimi, une problématique philosophique continue
Kant affirme : « L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. » L’être humain, contrairement à l’animal, naît inachevé. Sans éducation, il ne peut ni parler, ni agir selon les normes sociales. Dans le contexte malien, marqué par des crises sécuritaires et sociales, cette vérité prend une dimension cruciale : l’éducation est le chemin qui permet de transformer une jeunesse vulnérable en citoyens responsables, capables de porter la cohésion nationale.

Pour Kant, l’éducation commence par la discipline : « La discipline transforme l’animalité en humanité. » Cette exigence rejoint la vision militaire de la transition, qui insiste sur l’ordre et la stabilité. Dans les réalités maliennes, où l’école est parfois fragilisée par l’insécurité et le manque de moyens, la discipline scolaire peut devenir le reflet d’une discipline nationale : apprendre à respecter les règles communes, à vivre ensemble, à sortir du chaos pour bâtir une société stable.

Mais Kant ne réduit pas l’éducation à l’obéissance. Son but ultime est de former des individus libres et autonomes, capables de penser par eux-mêmes et de participer à la vie publique. Le Mali ne peut se contenter de former des exécutants ; il doit former des citoyens conscients, aptes à défendre la souveraineté culturelle et à contribuer à la refondation politique. L’éducation devient ainsi un instrument de responsabilisation sociale et de mobilisation nationale.

Une convergence des visions

La proclamation d’une « Année de l’éducation et de la culture » souligne que l’école ne peut être dissociée de l’identité culturelle. Kant reconnaît que l’éducation doit préparer l’homme à vivre dans une société donnée. Au Mali, cela signifie valoriser les langues nationales, les traditions orales, les contes et proverbes, tout en intégrant les savoirs modernes. La culture devient le ciment de la cohésion sociale, et l’éducation le vecteur de sa transmission.

On voit là une convergence de visions. Sur le plan militaire, instaurer discipline et ordre pour garantir la stabilité tandis que la vision politique doit mobiliser la nation autour d’un projet commun de refondation et que philosophiquement (selon la vision kantienne) il s’agit de former des individus autonomes et responsables, capables de penser et d’agir pour le bien commun.

Ces trois dimensions convergent vers un même objectif : faire de l’éducation et de la culture les piliers d’une société malienne souveraine, cohésive et tournée vers l’avenir.

La pensée de Kant éclaire l’ambition malienne : l’éducation n’est pas seulement un outil de savoir, mais un instrument de civilisation et de citoyenneté. En plaçant 2026-2027 sous le signe de l’éducation et de la culture, le Mali affirme que sa refondation ne se fera pas par les armes seules, ni par la politique seule, mais par la formation de l’homme — discipliné, autonome et enraciné dans sa culture.

En somme, l’éducation est la véritable arme de la cohésion sociale et de la souveraineté culturelle.

Oussouf Diagola