Économiste chevronné, reconnu pour la qualité et la pertinence de ses analystes surtout macro-économique, nous avons voulu en savoir plus sur les conséquences que court le monde, l’Afrique et le Mali avec le conflit au Moyen-Orient depuis plus de 10 jours.
Infhonnete : On entend beaucoup de choses sut le conséquences du conflit au Moyen-Orient notamment sur l’Afrique. Qu’est-ce qu’il n’en est réellement ?
MMM : Cette guerre au Moyen-Orient va impacter l’ensemble de l’économie mondiale pour la simple raison que le prix de l’énergie est un facteur déterminant dans le pouls des biens et services produits mondialement. Le gaz et le pétrole sont produits en grande partie dans le Moyen-Orient . Vous avez les pays du conseil du golf qui sont les monarchies arabes qui produisent le gaz et le pétrole et vous avez l’Iran qui est un grand producteur. Avant la crise, l’Iran produisait 3 millions de barils de pétrole par jour, qui sont vendus à d’autres pays notamment en Asie. Le conflit impact les raffineries mais aussi tout ce qui concerne le transport des hydrocarbures. D’ailleurs le Qatar vient de confirmer qu’il ne pourra pas exporter comme prévu. Ses capacités sont réduits actuellement. Ce qui va affecter ses clients en Europe qui sont en train de chercher d’autres sources. Le fait que l’offre d’énergie, le gaz naturel liquéfié, le pétrole va baisser, que la demande reste constante, les prix vont augmenter. Les prix du baril avaient atteint 120 dollars mais sont un peu redescendus car le président Trump a dit que de bonnes nouvelles se dessinaientt. Vous savez l’économie craint beaucoup l’incertitude. Toutes cette crise fait augmenter les valeurs refuges que sont le pétrole, l’Or mais fait aussi augmenter l’inflation : la hausse généralisée des biens et services que nous consommons tous les jours et affecte aussi les marchés financiers qui vont à la baisse et réduit le marché des changes avec le dollars qui risque de s’envoler. Beaucoup de biens sont commercialisés en Dollars, cela va affecter tout le monde.
Infhonnete : Au même moment, on assiste à une crise du gasoil au Mali. Pensez-vous que cela soit lié au conflit ?
MMM : C’est possible, mais je vais pas me lancer en conjectures sur la crise du gasoil au Mali. Mais sur les 54 pays membres de l’Union Africaine il y’ a n’en 38 qui sont importateurs net de produits pétroliers, c’est-à-dire qui ne produisent pas de produits pétroliers et le Mali en fait partie.
Notre premier poste d’importation sont les hydrocarbures et leurs dérivés et une bonne partie vient de chez deux de nos voisins qui ont des raffineries. Je pense que la pénurie actuelle de gasoil est conjoncturelle mais ces raffineries chez nos voisins s’approvisionnent aussi à travers le Moyen-Orient , je pense que cela peut impacter aussi la production au niveau de ces raffineries et leurs exportations. Cela peut être une explication même si je ne peux pas vous dire exactement pourquoi il y a un manque de gasoil au Mali
Infhonnete : Doit-on donc s’attendre à voir les prix monter en flèche dans les prochains jours ?
MMM : Ce qui va se passer, c’est que, quand il y a des conflits comme ça, les coûts de l’assurance vont augmenter. 80% du commerce mondial se fait à travers le fret maritime et aussi ave les cargos, les frets aériens, les prix vont augmenter. Si les prix augmentent ça va affecter toutes les marchandises, même les personnes qui se déplacent, personnes ne sera à l’abri. Cela va dépendre de l’intensité du conflit et de sa durée. La situation pourrait s’empirer. Même les États-Unis qui sont les premiers producteurs de pétrole, ils ont un stock limité, des réserves d’à peu près trois semaines. Tout le monde doit donc faire attention, la demande mondiale étant actuellement supérieure à l’offre.
Infhonnete : Gros consommateur, que peut et que doit faire l’Afrique pour amortir le choc ?
MMM : On doit améliorer notre résilience. La COVID nous a enseigné que l’économie mondiale est interconnectée. Concernant les denrées alimentaires, l’Afrique est le seule continent qui importe autant de denrées. Nous avons 2/3 des terres arables au monde non cultivés et nous importons 1/3 de ce que nous consommons. Ça veut dire que nous dépendons des autres continents, cela est inadmissible. Si nous continuons à faire cela, à ne pas pouvoir nous nourrir et à importer notre énergie nous allons continuer à souffrir des situations comme ce conflit.
Il va vouloir pour l’Afrique changer de paradigme et aller vers une plus grande transformation structurelle et une plus grande production nationale que nous allons diversifier. Tout ce que nous consommons nous l’avons chez nous, mais malheureusement nous sommes dans l’économie de traite encore. Nous exportons des produits non manufacturés, des produits bruts et nous importons des produits manufacturés c’est cela qui nous pose tant de problèmes. Nous devons aller vers plus d’industrialisation mais cela ne peut se faire que si nous avons une vision politique claire et des politiques publiques appropriées.
Propos recueillis par Mohamed DAGNOKO





