Depuis plusieurs années, le débat sécuritaire autour du Mali et du Sahel voit émerger une catégorie d’« experts médiatiques » qui multiplient les analyses définitives, souvent relayées à l’international, sans toujours démontrer une réelle proximité avec les réalités du terrain.
Les récentes déclarations de Madame Djénabou Cissé sur le moral des Forces Armées Maliennes, la chaîne de commandement ou encore les perspectives sécuritaires du Mali soulèvent, à juste titre, plusieurs interrogations de fond.
Car lorsqu’on prétend analyser une situation aussi complexe que celle du Sahel, une exigence minimale s’impose : celle de la rigueur intellectuelle et de l’objectivité.
Sur quels éléments factuels repose l’affirmation selon laquelle la chaîne de commandement des FAMa serait fragilisée ?
Les récentes nominations au sommet de l’appareil militaire montrent pourtant une continuité stratégique claire : le Chef d’État-Major Général des Armées devient ministre délégué à la Défense ; son adjoint prend la tête de l’État-Major Général.
Ces décisions traduisent moins une rupture qu’un renforcement de la coordination politico-militaire et de la continuité opérationnelle dans un contexte de guerre asymétrique.
Dans toute analyse sérieuse, les faits doivent primer sur les impressions ou les narratifs préconçus.
Plus préoccupant encore : affirmer publiquement que les soldats maliens seraient démoralisés ou insuffisamment motivés, sans données vérifiables ni éléments concrets, est un acte à objectif simple : semer la confusion dans l’opinion publique internationale. Madame Cissé, votre intervention n’est pas une nouveauté. C’est un classique.
Dans un pays confronté au terrorisme, la parole publique n’est jamais neutre. Elle engage une responsabilité morale, stratégique et patriotique.
Il est également difficile de ne pas relever une forme d’incohérence dans certaines prises de position. À l’époque de la présence militaire française au Mali, les écarts de traitement et de rémunération entre soldats étrangers et soldats maliens existaient déjà. Pourtant, ces réalités suscitaient beaucoup moins d’indignation médiatique chez certains analystes aujourd’hui très prolixes. Pourquoi ce silence hier, et cette insistance aujourd’hui ?
La crédibilité d’un expert se mesure aussi à la constance de ses principes.
Enfin, annoncer de manière répétée qu’il faut « s’attendre à de nouvelles attaques terroristes » peut rapidement dépasser le cadre de l’analyse préventive pour entrer dans celui de la communication anxiogène. Les analystes sérieux doivent éclairer les citoyens, non nourrir la peur, la confusion ou les spéculations permanentes.
Le Mali n’a pas besoin de commentaires sensationnalistes ou de lectures superficielles de sa réalité sécuritaire. Vous, analystes ou chercheuse, revenez à l’analyse équilibrée, honnête, documentée et ancrée dans les réalités humaines, militaires et politiques du terrain (les règles de l’art).
Les Forces Armées Maliennes se battent chaque jour dans des conditions extrêmement difficiles pour défendre l’intégrité du territoire national et le Peuple malien. Le minimum que l’on puisse exiger de ceux qui commentent cette guerre est le respect des faits, de la nuance et du sens des responsabilités.
Le Mali, le Sahel central méritent mieux que des raccourcis médiatiques. Soyons responsables tous responsables!
Mohamed Maïga





