À peine la Coupe du monde 2026 terminée, Gianni Infantino, le président de la FIFA, ouvre déjà un nouveau front. Il envisage que l’instance mondiale du football puisse créer une société commerciale capable d’accueillir des investisseurs privés minoritaires. Officiellement, l’objectif est de dégager plusieurs milliards pour développer le football. Mais en Europe, et désormais au-delà, le projet est perçu comme une tentative de marchandisation de la Coupe du monde.

Gianni Infantino n’a pas attendu longtemps pour relancer sa grande transformation du football mondial. Après un Mondial 2026 élargi à 48 équipes et 104 matchs, le président de la FIFA veut désormais revoir en profondeur le modèle économique de l’instance.

La FIFA a annoncé vouloir regrouper ses principales activités commerciales au sein d’une nouvelle structure, baptisée FIFA Forward Enterprise. Cette société aurait vocation à gérer les droits de diffusion, les partenariats, la billetterie, les licences commerciales et l’exploitation opérationnelle des compétitions organisées par la fédération internationale.

Dans ce montage, des investisseurs privés pourraient entrer au capital, mais de manière minoritaire et sans contrôle, assure la FIFA. Selon plusieurs médias, la part ouverte aux capitaux extérieurs pourrait tourner autour de 20%. L’instance affirme vouloir conserver la majorité au conseil d’administration ainsi que l’autorité exclusive sur la gouvernance sportive, les règlements, le calendrier et l’organisation des compétitions.

Une manne financière promise

Pour la FIFA, l’argument est simple : cette ouverture permettrait de générer des ressources considérables. L’instance évoque une levée de fonds de 4,2 milliards de dollars dès cette année et une enveloppe globale pouvant dépasser les 10 milliards de dollars sur quatre ans pour financer le développement du football.

Jusqu’ici, la FIFA prévoyait de redistribuer environ 2,7 milliards de dollars à ses fédérations membres pour la période 2027-2030. Avec ce nouveau mécanisme, baptisé FIFA Fast Forward Programme, Gianni Infantino promet donc un changement d’échelle.

Mais cette présentation ne suffit pas à calmer les inquiétudes. Le projet doit encore être validé par le Conseil de la FIFA. Il est préparé avec la banque d’affaires J.P. Morgan et le fonds Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump. Cette dimension financière et politique nourrit déjà les critiques.

L’UEFA en première ligne

La réaction la plus dure est venue de l’UEFA. L’instance européenne estime que la FIFA franchit une limite que les institutions du football ne devraient pas dépasser. Pour elle, ni l’âme du football, ni sa gouvernance, ni ses compétitions ne peuvent devenir des actifs soumis à la logique des investisseurs.

La Fédération française de football s’est également montrée très réservée. Son président, Philippe Diallo, a expliqué sur France Inter avoir découvert le projet par communiqué, sans concertation préalable. Il estime que le sujet touche à l’avenir même du football et ne peut pas être traité sans associer les fédérations nationales.

Une réunion d’urgence a d’ailleurs été organisée entre l’UEFA et les grandes fédérations européennes. Selon Radio France, l’hypothèse d’une réponse collective, voire d’un boycott du prochain Mondial, a été évoquée.

La contestation dépasse l’Europe

La fronde ne se limite plus au Vieux Continent. La Confédération asiatique de football et la Concacaf (Amérique du Nord, Amérique centrale et Caraïbes) ont elles aussi regretté l’absence de consultation. Toutes deux demandent davantage de transparence et un véritable débat avant toute décision.

La ministre française des Sports, Marina Ferrari, a également réagi en estimant que “le football n’est pas à vendre”. Au niveau européen, le commissaire Glenn Micallef a mis en garde contre une commercialisation excessive du sport et soulevé des questions liées au droit de la concurrence.

Même certains acteurs très critiques de la gouvernance actuelle du football, comme Javier Tebas, président de la Ligue espagnole, dénoncent un mélange dangereux entre pouvoir, argent et décisions sportives.

Infantino face à une crise politique

Pour Gianni Infantino, l’affaire est sensible. Depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016, il défend une expansion continue du football mondial, avec davantage de matchs, de revenus et de marchés à conquérir. Mais ce nouveau projet touche à un symbole : la Coupe du monde, compétition considérée comme un patrimoine commun par une grande partie du monde du football.

La FIFA affirme que les investisseurs ne contrôleront pas le jeu et que les bénéfices seront réinvestis dans le football. Ses opposants redoutent au contraire une bascule irréversible, où les intérêts financiers pèseraient toujours davantage sur les décisions sportives.

Le débat ne fait que commencer. Mais une chose est déjà claire : en voulant ouvrir les portes de la Coupe du monde aux capitaux privés, Gianni Infantino a réveillé une opposition rare, qui traverse désormais plusieurs confédérations, fédérations et gouvernements.