La rumeur enfle sur les réseaux socio-numériques : Bilal Ag Acherif, le chef du Front de libération de l’Azawad (FLA), demanderait à réintégrer la République avec ses hommes. À l’heure où la Nation malienne panse ses plaies et cherche à reconstruire son tissu social, une telle perspective pourrait, de prime abord, passer pour un signe d’ouverture. Mais il faut avoir le courage de le dire, au risque de choquer certains compatriotes : Bilal Ag Acherif n’est pas un repenti. C’est un malien en rupture avec son État depuis des décennies et un chef de guerre dont les actes les plus récents contredisent toute velléité de retour pacifique.
Les faits, têtus, parlent d’eux-mêmes. Comment croire à une demande de réintégration quand, le 25 avril 2026, ses combattants du FLA, alliés aux djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ont repris à l’armée malienne et ses alliés russes de la ville stratégique de Kidal ? Comment envisager une « séparation définitive d’avec la pègre terroriste » quand Bilal Ag Acherif lui-même apparaît, quelques jours plus tard, aux côtés des combattants ayant pris Kidal, et revendique cette offensive coordonnée ? Le chef du FLA ne tend pas la main vers Bamako ; il la referme sur une alliance militaire avec ceux qui sèment la mort dans notre pays.
La générosité de la République, sa « magnificence » comme vous la nommez, ne doit pas être une naïveté coupable. Elle a un prix : la loyauté. Or, l’histoire récente du Mali est un cimetière de promesses trahies, un catalogue de faux repentis qui ont fait faux bon à l’État.
Souvenons-nous des leçons amères du processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR).
Combien d’éléments présentés comme « intégrés » ont, en réalité, déserté les rangs des Forces armées maliennes pour regagner les groupes armés ? La presse malienne s’en est fait l’écho : des cas présumés de désertion impliquant des éléments issus de groupes armés intégrés, qui retournent leurs armes contre le Mali en rejoignant le FLA. Un soldat a même fait défection avec un véhicule militaire armé pour rejoindre un groupe actif dans le nord. L’uniforme de la République n’a pas effacé les allégeances anciennes ; il les a parfois couvertes.
Plus troublant encore, la compromission a gangréné les rangs de l’armée elle-même. Lors des attaques coordonnées du 25 avril 2026, les autorités maliennes ont ouvert une enquête et arrêté des militaires, dont le sergent Diakaridia Sodio, l’adjudant Moussa Diané et l’adjudant-chef Mamadou Keïta, tous en activité, ainsi que Soïba Diarra, un militaire à la retraite. Le parquet militaire a évoqué « un faisceau d’éléments solides » relatifs à leur complicité dans la planification et l’exécution de ces attaques. Voilà la réalité de la « loyauté » de certains de ceux que l’on a crus acquis à la cause nationale.
Le processus DDR lui-même a été miné par des logiques opportunistes. La présentation d’une arme est devenue la principale condition d’admission, créant un marché où des individus sans conviction achètent un fusil pour toucher les primes d’intégration. Le système a attiré des profils mus par l’appât du gain, pas par une volonté sincère de paix. Comment, dans ces conditions, accorder le moindre crédit à un ralliement qui serait dicté par les mêmes calculs ?
La réconciliation nationale est une noble ambition. Elle exige de la générosité, mais aussi de la lucidité. Elle ne peut se construire sur l’amnésie. Si la République devait un jour envisager le retour de Bilal Ag Acherif, elle ne pourrait le faire qu’à une condition non négociable : une rupture spectaculaire, vérifiable et durable avec ses alliés djihadistes et mercenaires. Une telle rupture supposerait qu’il livre des gages concrets, qu’il désavoue publiquement ses alliances, et qu’il se soumette à un mécanisme de vérification rigoureux. Au regard de son parcours et de ses actes récents, cette hypothèse relève, pour l’heure, de la fiction.
En attendant, la patrie n’a que faire des sirènes du repentir intéressé. Elle a besoin de soldats loyaux, pas de girouettes. Elle a besoin de citoyens engagés, pas d’éternels rebelles en quête d’une nouvelle posture. La reconstruction du tissu social malien ne se fera pas avec ceux qui l’ont déchiré, mais avec ceux qui, chaque jour, tiennent debout la République
Gamer Dicko





