Les victimes des sites d’orpaillages au Mali se comptent par centaines chaque année. Malgré les mesures prises par les autorités pour réglementer le secteur et réduire les drames, le phénomène continue  au grand dam de ces autorités, des populations et des exploitants qui détiennent des titres.

Le Falémé n’existe plus que de nom. L’eau est partie. Et les rares endroits où elle est encore visible, elle est impropre à la consommation du fait de sa pollution par le cyanure et le mercure, deux matières chimiques qu’utilisent les orpailleurs dans leurs pratiquent quotidiennes.

Pour Dr Abou Zeïdy Ousmane Maïga, il est abusé d’appeler orpaillage ce qui se fait actuellement . Pour le directeur général de la durabilité de la mine de Siama, l’utilisation des bulldozers, de cyanure et de mercure sont aux antipodes de l’orpaillage qui consiste à exploiter de façon artisanale et avec des outils rudimentaires les mines.

« Les gros engins et les matières qui sont utilisés sans contrôles causent d’énormes dégâts sur la faune et la flore et sur les populations riveraines ».

Il a fait ce constat lors du 11ème forum des mines et de l’énergie au Centre International de Conférence de Bamako.

À cette occasion, les experts réunis ont déploré le déclassement du Mali par le Soudan il y a trois ans en matière de production d’Or.

Si les chiffres sont là pour l’attester, pour autant, les experts restent sceptiques  car estimant que ce classement est surtout dû au fait que le Soudan a légalisé la pratique alors qu’au Mali « pour manque de statistiques fiables l’on ne sait exactement la quantité d’Or qui est produite par an ».

Si selon un expert le nombre d’orpailleurs  était estimé à 200 mille en 2017, aujourd’hui personne ne sait combien de personnes travaillent dans les centaines de sites disséminés à travers le pays.

L’autre facteur qui rend difficile le contrôle de ce secteur, c’est le manque d’effectif des agents des eaux et forêts. « Avec 4 agents pour un cercle c’est très peu. L’année dernière nous avons fait une demande de 300 recrues pour étoffer les effectifs » déplore un agent des eaux et forêts avant de suggérer l’exemple burkinabè à nos autorités. Un pays qui, selon lui, recrute chaque année de nombreux agents pour sécuriser sa faune et sa flore et veiller sur ses ressources naturelles.

L’alternative qui est de composer avec les autorités locales s’avère aussi infructueuse car « les orpailleurs sont malheureusement très souvent couverts par les populations à qui leurs pratiques causent le plus grand tort » déplore l’agent des eaux et forêts.

Selon Dr Abou Zeïdy Ousmane Maïga, la solution des couloirs d’orpaillages qui avait été proposée aux orpailleurs pour une maitrise de la situation et des effets néfastes a été sans succès. Et pour cause, les orpailleurs selon lui ont estimé que les  zones qui leur sont attribuées ont un sous-sol pauvre en métal jaune. « C’est un manque de confiance entre orpailleurs et  autorités qui a fait échouer cette solution » dit-il.

Planchant sur des pistes de solutions, Dr Abou Zeïdy Ousmane Maïga et les autres experts préconisent la mise en œuvre des recommandations du forum sur l’orpaillage tenu en 2014 et aussi une exploitation  judicieuse la loi sur le contenu local pour une meilleure préservation de la biodiversité et pour lutter efficacement contre le changement climatique.

Mohamed DAGNOKO