À Baguinéda, un projet de près de 600 millions de FCFA va bientôt démarrer pour soutenir les infrastructures agricoles. Ainsi, il soulagera directement 400 ménages en leur facilitant l’accès aux marchés agricoles.

Consolider la qualité et la durabilité des routes agricoles, des réservoirs d’eau et des canaux d’irrigation à travers une technologie japonaise afin de renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience des communautés rurales au Mali, tel est l’objectif d’un projet intitulé : << Construction de routes agricoles et de réservoirs d’eau et de canaux d’irrigation au Mali, à l’aide d’un produit spécial de durcissement des sols développé par le Japon >>, dont la phase pilote est prévue dans la zone de l’Office du Périmètre irrigué de Baguinéda (OPIB ), localité située à une trentaine de kilomètres de Bamako.

Un projet qui entend soutenir les défis structurels majeurs pour le monde rural. Il est le fruit d’une coopération économique multilatérale non remboursable du Japon en faveur du peuple Malien. C’est-à-dire, il est financé par le gouvernement japonais à hauteur de 600.000.000 de FCFA. Et la maîtrise d’ouvrage est assurée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO) pour une durée de 12 mois.

Il a été officiellement lancé le vendredi dernier par le ministre de l’Agriculture, Daniel Siméon Kéléma en présence de l’ambassadeur du Japon au Mali, Murata Yukuo, du chef du bureau de la FAO, Abdoul Karim Bah et d’autres acteurs concernés.

Spécifiquement, ce projet vise entre autres à : améliorer l’accès aux périmètres irrigués par des routes agricoles durables, sécuriser et optimiser la gestion de l’eau grâce à des réservoirs et canaux d’irrigation renforcés, accroître la productivité agricole et la résilience des communautés face au changement climatique.

Avec l’appui du Japon, la FAO va mettre en œuvre ce programme pilote dans la commune de Baguinéda pour réhabiliter les routes agricoles, les canaux d’irrigation grâce à une technologie japonaise, STEIN.

Le choix de Baguinéda remonte à l’historique de son périmètre

L’Office du Périmètre Irrigué de Baguinéda a été choisi pour la phase d’expérimentation en raison de son âge, plus vieux que l’Office du Niger, il a été tout temps un champ d’essai pour plusieurs projets. En plus de cela, le Japon est un ami de longue date de la localité.
En effet, selon un rapport d’étude de 2018, le périmètre de Baguinéda s’étend sur une superficie de 3000 hectares, dont 2470 ha aménagés en maîtrise totale de l’eau et irrigués à partir des eaux du Niger. les surfaces restantes correspondent aux cultures de bas-fond et aux cultures pluviales.

Aménagé dans la commune de Baguinéda-Camp située à 30 km de Bamako, le périmètre comprend deux barrages de taille moyenne que sont : Le barrage de Damanda édifié à 400 mètres en amont du canal de dérivation de Sotuba et constitué de deux déversoirs (715 et 51 mètres de long).
Et le barage-seuil des Aigrettes grâce auquel le périmètre est irrigué, par le biais d’une prise sur le fleuve Niger, qui alimente également la centrale hydroélectrique de Sotuba ( construite en 1966).

L’OPIB est donc un ancien polder de l’Ofice du Niger. C’est-à-dire une ancienne zone aménagée et protégée par des digues, à des fins agricoles. Il est implanté sur la zone de certains des plus anciens aménagements hydroagricoles du Mali, que sont le barrage des Aigrettes (construit entre 1925 et 1928) et le canal de Sotuba (creusé entre 1926 et 1930).

Selon toujours le même rapport, la mise en irrigation de la plaine alluviale de Baguinéda était l’objectif de l’ancienne autorité coloniale française, avec la perspective de mettre en valeur une superficie de 5 000 à 10 000 hectares. Le périmètre de Baguinéda était une forme de projet-test destiné à donner les dimensions du projet plus vaste de l’Office du Niger lancé plusieurs années plus tard. Seuls 3 000 ha sont mis en valeur aujourd’hui.

En 1966, le canal de Sotuba voit l’installation d’une centrale hydroélectrique, fruit de la volonté des dirigeants du nouvel Etat malien de développer une filière nationale d’énergie en vue de limiter les importations d’énergie fossile en provenance des Etats voisins du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

La production agricole revient au premier plan à la fin des années 1980 après avoir été quelque peu délaissée. Un vaste projet de réhabilitation des intrastructures hydroagricoles est alors lancé, initié par le gouvernement malien avec le concours technique et financier de la Banque Africaine de Développement (BAD) et de la coopération įaponaise UICA).
Ce projet de réhabilitation permit le réaménagement de 2 460 ha et aboutit à la mise en valeur de près de 2600 ha.

Jusqu’à sa création en 1998 ľ’OPIB a évolué sous plusieurs formes de gestions institutionnelles. le périmètre irrigué fut en effet initialement géré par la ferme d’état de Baguinéda (1960 – 1963), puis par la société de conserves du Mali (SOCOMA, 1964-1969), et enfin par la Société de conserves alimentaires du Mali (SOCAM, 1969 – 1971).
L’opération de promotion des cultures maraichères prit ensuite le relais, de 1972 à 1979, remplacée par l’opération de développement intégré de Baguinéda (ODIB, de 1979 à 1988), elle-même remplacée par le projet de réhabilitation du périmètre hydroagricole de Baguinéda (PRB). C’est en 1998 que fut créé l’Ofice du Périmètre Irigué de Baguinéda (OPIB), qui gère le périmètre jusquà présent.

Depuis 1998, un processus de modernisation et de développement rural a été enclenché, prenant diverses formes. Ce projet rentre donc dans ce cadre.

Cependant, d’après les responsables dudit projet, une fois les résultats auront été concluants pendant cette phase pilote, le projet s’etendra à l’échelle nationale.
Pour eux, cette technologie va, non seulement permettre de faciliter l’accès des communautés rurales aux marchés agricoles sur 9 km de routes agricoles aménagées et entretenues, mais aussi de restaurer et d’entretenir des canaux d’irrigation afin de garantir la sécurité hydrique des cultures dans cette localité.

Quelle est donc cette technologie, le STEIN ?

En effet, ce projet mise sur une innovation japonaise qui est l’utilisation du STEIN, un produit révolutionnaire de durcissement des sols.
Le STEIN a été développé à Hokkaido, au Japon, en 1975. STEIN est un produit en poudre composé de plus de 27 types de matériaux organiques et mélangé avec du ciment normal pour la construction de route et la voirie. Il favorise la connexion entre les éléments du sol.
Selon les spécialistes, en mélangeant le STEIN à la terre à raison d’environ 10% dans le meilleur taux d’eau et de compactage, il peut rendre la terre suffisamment dure pour la construction de routes et de systèmes d’irrigation.

Aux dires du chef du bureau de la FAO au Mali, Abdoul Karim Bah, ce projet s’inscrit dans une vision globale, celle d’une agriculture plus résiliente et performante qui cadre avec la Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable (SNEDD) et de la Vision Mali 2063.
<< À Baguinéda, cette technologie sera appliquée pour réaliser les objectifs spécifiques renforcement et entretien des routes agricoles, construites avec un produit spécial de durcissement du sol, STEIN, la promotion des techniques sures de collecte d’eau de ruissellement dans le bassin de collecte aménagé au profit de 400 ménages agros-sylvo-pastoraux >>,a déclaré le chef du bureau de la FAO au Mali.

Murata Yukuo, l’ambassadeur du Japon au Mali, pour sa part, a rappelé que le secteur rural emploie près de 80 % de la population active et contribue à plus de 30 % du Produit Interieur Brut (PIB). Par ailleurs, il a réaffirmé l’engagement de son pays à soutenir le Mali dans ses efforts de développement durable.
<< Financé par le Japon à hauteur d’un million Us dollars sur son budget supplémentaire de l’année 2024/2025. Ce projet soutiendra directement 400 ménages pour 2400 personnes dont 47% des femmes. Le nombre de bénéficiaires indirect est estimé à 91 682 personnes >>,a précisé l’Ambassadeur du Japon au Mali.

Pour Daniel Siméon Kéléma, ministre de l’Agriculture, cette initiative répondra entre autres aux besoins de routes agricoles adaptées, à l’insuffisance d’infrastructures d’irrigation, à la variabilité climatique, à la faible productivité et les difficultés d’accès aux marchés.
<< Il est attendu de l’amélioration de l’accessibilité des communautés rurales aux marchés agricoles à travers l’entretien de 9 km de route agricole, la promotion de la sécurité hydraulique des cultures à travers la réhabilitation des canaux d’irrigation, le renforcement des capacités professionnelles et institutionnelle des bénéficiaires à l’utilisation des produits de durcissement et la mise en place des comités de suivi>>, a-t-il expliqué.

Par ailleurs, le ministre Kéléma a renouvelé au nom du président de la transition, le général d’Armée Assimi Goïta, de son chef du gouvernement, le général de Division Abdoulaye Maïga, ses remerciements sincères au gouvernement japonais, pour les appuis multiformes au secteur Agricole.

Moussa Sékou Diaby