Bamako au cœur de ce mois de juin 2025, à  la sortie des universités, dans les quartiers périphériques ou sur les bancs des rues, une jeunesse malienne en attente. Diplômée ou non, qualifiée ou autodidacte, elle cherche un emploi qui ne vient pas. Le chômage est devenu une réalité omniprésente, touchant particulièrement les jeunes et les femmes.

Selon les données du bulletin sur l’emploi 2024 de l’Institut National de la Statistique (INSTAT), le taux de chômage des jeunes de 15 à 35 ans dépasse 50 %. Cette situation est aggravée par la croissance démographique rapide, le manque d’investissements privés, et l’instabilité politique.

Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail, mais les opportunités formelles sont insuffisantes. Les entreprises locales peinent à recruter, et les services publics sont saturés. Beaucoup finissent dans l’informel ou tentent l’exode vers l’étranger.

Moussa Coulibaly fait partie de cette jeunesse en manque de repère. Diplômé sans emploi depuis quelques années, il a dpu se tourner vers des petits boulots   « J’ai une licence en droit depuis trois ans. J’ai déposé des CV partout, même pour des stages non payés. Rien. Aujourd’hui, je vends des unités téléphoniques à ACI 2000 pour survivre. C’est décourageant »

Comme Moussa, ils sont nombreux à vivre entre espoir de recrutement et débrouillardise quotidienne, faute de politique de l’emploi adaptée.

Aïcha Sissoko, avec la nouvelle politique de formation pratique  des autorités s’est orientée vars la couture. Bien formée en couture, elle peine, faut d’accompagnement à s’installer à son propre compte   « J’ai fait trois ans de formation en couture. J’ai mon diplôme. Mais sans machine, sans local, je travaille chez moi, à la main. J’aimerais avoir un atelier, mais je n’ai pas les moyens. »

Aïcha illustre un autre pan du chômage : celui des jeunes formés, qualifiés, mais bloqués par l’absence d’équipements, de financements ou de réseau professionnel.

Le gouvernement malien a lancé plusieurs initiatives, comme le Fonds d’Appui à la Formation et à l’Insertion Professionnelle (FAFIP) ou les centres de formation professionnelle (CFP), mais leur portée reste insuffisante face à l’ampleur du problème.

Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD), moins de 15 % des jeunes formés trouvent un emploi stable dans l’année qui suit leur formation.

L’appui des ONG et incubateurs

Certaines organisations locales tentent de combler ce vide. L’ONG Jekabaara propose des programmes d’insertion en agroalimentaire et en BTP, avec des stages rémunérés. C’est le cas de l’incubateur Donilab qui accompagne les jeunes porteurs de projets dans le numérique et l’entrepreneuriat social.

« Il ne suffit plus de former. Il faut financer, accompagner et connecter les jeunes au tissu économique réel » explique Fatoumata Touré, coordinatrice de Jekabaara

« Grâce à leur programme, j’ai pu monter ma plateforme de livraison locale. Aujourd’hui, je crée deux emplois. C’est possible, si on est soutenu» se félicite Aliou Touré qui a été incubé chez Donilab.

Le chômage massif alimente la précarité, la migration irrégulière, et parfois les extrémismes. Les économistes alertent : sans plan massif d’investissement dans l’emploi jeune, le pays risque une crise sociale profonde.

« Le chômage est la première cause de frustration des jeunes au Mali. Il est aussi un facteur majeur d’instabilité», souligne un rapport du PNUD publié en 2024.

En 2025, le chômage des jeunes au Mali n’est plus un simple défi, c’est une urgence. Une jeunesse désœuvrée, parfois désabusée, attend plus que des discours : des actions concrètes, durables et inclusives. Soutenir les jeunes, c’est préparer le futur d’un pays dont l’énergie repose sur eux.

Soussaba Sacko