Bamako, juin 2025, dans les marchés animés de Bamako, les femmes sont omniprésentes, vendant fruits, légumes, tissus et produits artisanaux. Elles sont également actives dans les champs, les ateliers de tissage et les cuisines de rue. Pourtant, leur rôle crucial dans l’économie malienne demeure largement ignoré par les politiques publiques.

Selon l’Institut National de la Statistique (INSTAT), 95,5 % des emplois au Mali sont informels, avec une forte concentration chez les femmes adultes (98,6 %, contre 93,2 % chez les hommes). Ces chiffres révèlent une réalité sociale et économique fondamentale : l’économie informelle, majoritairement portée par les femmes, constitue un pilier vital mais sous-estimé.

Les femmes maliennes sont les principales actrices de l’économie informelle, notamment dans l’agriculture, le commerce et l’artisanat. Elles représentent 60 % de la main-d’œuvre agricole et contribuent à 70 % des activités commerciales de rue, selon les chiffres de l’INSTAT et de la FAO.

 « Je me lève à 4 h du matin pour préparer les beignets. Je vends jusqu’à midi, parfois l’après-midi aussi. Avec ça, je paie la scolarité de mes deux enfants, le loyer, et je fais un petit épargne dans une tontine. Mais je n’ai pas de sécurité si je tombe malade » témoigne Fanta Diallo, vendeuse de beignets à Lafiabougou.

Tout comme elle, Aminata Konaté, vendeuse de produits frais à Médina Coura tient une grande place dans l’économie informelle du pays.

« Je vends des légumes que je récupère au marché de gros. Parfois, je gagne bien, parfois rien du tout. Mais je ne peux pas m’arrêter : mes trois enfants comptent sur moi » dit-elle.

Aminata, comme beaucoup d’autres, navigue entre instabilité des revenus et responsabilités familiales, sans accès au crédit bancaire ni soutien institutionnel.

Face à cette précarité, certaines ONG locales et internationales interviennent pour structurer et accompagner ces femmes. L’association Musow Ka Yiriwa propose des formations à la gestion de micro-entreprise et facilite l’accès aux microcrédits.

« Nous aidons les femmes à formaliser leurs activités, à gérer un budget, et à créer des coopératives pour mieux défendre leurs droits. C’est une façon de leur rendre la dignité économique» indique Awa Traoré, coordinatrice de Musow Ka Yiriwa

D’autres ONG comme Oxfam Mali ou Care International mènent des programmes de renforcement de capacités et de plaidoyer pour intégrer les femmes du secteur informel dans les politiques économiques nationales.

Malgré leur poids économique indéniable, les femmes de l’économie informelle restent largement absentes des textes de loi et des politiques d’inclusion économique. Les syndicats du secteur informel, bien que naissants, peinent encore à faire entendre leur voix dans les décisions publiques.

« Tant que les femmes resteront invisibles dans les statistiques officielles et les plans nationaux, le pays passera à côté d’un moteur puissant de développement. », affirme un expert en développement de la Banque mondiale à Bamako.

En 2025, les femmes maliennes continuent de faire tourner l’économie informelle sans filet de sécurité. Elles vendent, produisent, transforment, soutiennent leurs familles – mais restent dans l’ombre des politiques. Les reconnaître, les protéger et les intégrer dans une stratégie économique globale, c’est bâtir un avenir plus juste et plus fort pour le Mali.

Soussaba Sacko