Depuis plusieurs semaines, cette Mosquée plongée dans les eaux ne reçoit plus de fidèles musulmans. Les maisons aux alentours ont été vidées de leurs habitants. Et pour cause, le fleuve Niger qui traverse la capitale Bamako, la divisant en rive gauche et droite a débordé de son lit et envahit les habitations et lieux de cultes de la communauté « Bozo » qui vie le long du fleuve pour les besoins de son activité principale qui est la pêche.

Pataugeant dans la boue au milieu du domicile pour essayer de récupérer son panier pour le marché,  Tata Dembélé, plus de cinquantaine, affectée par cette situation témoigne

«  Nous avons toujours vécu au bord des fleuves. Nos maris et nos enfants ont comme activité la pêche. C’est grâce au fleuve et à ce qu’il contient que nous subvenons à nos besoins et à ceux de nos enfants. Mais c’est ce même fleuve qui nous envahit aujourd’hui avec les dégâts qui vont avec. Plus de 15 maisons se sont effondrées la mienne est sur le point de s’effondrer aussi »

Tout comme Tata Dembélé, Djénéba Coumaré et sa famille font partie de celles encore sur place. Elles sont obligées de composer avec les eaux et d’y accomplir leurs tâches quotidiennes non sans difficultés. Djénéba Coumaré  s’affaire à la préparation du déjeuner familial les pieds dans l’eau.

« Si c’est vrai que le Bozo et l’eau font bon ménage pour cette fois, on a été surpris par les eaux et nous n’avons pas où aller. Nous faisons la cuisine, la lessive et nos autres activités les pieds dans l’eau. Nous avons posé des pierres pour pouvoir hisser nos armoires et lits dans la maison et nous dormons dans ça. Personnellement je fais la cuisine dans cette eau et toutes mes autres tâches ménagères ».

Long de 4180 Km dont 1700 Km à travers le Mali le Fleuve Niger est avec le Fleuve Sénégal, les deux grands cours d’eaux de ce pays enclavé du Sahel. Servant pour les besoins en eau et électricité du pays, il sont aussi utiles pour la pêche d’où l’installation dans leurs lits de la communauté « Bozo » dont l’activité principale est la pêche.

Cette communauté qui vit près du fleuve a donc subit de plein fouet les conséquences matérielles et sanitaires de la grave inondation que la capitale Bamako a subi entre Juin et Août 2024.

« En plus de nos maisons qui ont été envahis par les eaux, nous avons des problèmes de santé. Nos enfants sont pratiquement tous malades » explique désemparée Iya Komina, victime qui a vu l’ensemble de ses effets emportés par les eaux du fleuve.

Filets de protections

Des situations de détresse auxquelles ont été  sensibles de nombreux partenaires sociaux et même les pays amis qui volent, en plus de l’État, au secours de ces communautés sinistrées. L’ONG nationale Open Mali et son partenaire l’Ambassade du Canada au Mali ont apporté de nombreux kits pour aider cette communauté notamment les couches vulnérables.

« J’ai été très touché par ce que j’ai vu, ce sont des inondations sans précédents à l’échelle du Mali et dans la capitale ici à Bamako. On a vu plusieurs maisons et la mosquée qui étaient complètement inondées ici en commune V, on était très inquiets depuis le début de ces inondations. J’ai annoncé une contribution globale de 400 mille dollars soit 174 millions de Fcfa pour répondre à la situation du Mali. Ça va permettre de fournir des kits alimentaires et non alimentaires  et des kits scolaires pour les enfants » avait dit à l’époque Nicolas Simard, Ambassadeur du Canada au Mali

Un chainé de solidarité qui a été appréciée par les autorités sanitaires qui n’ont aussi ménagé aucun efforts pour soulager toutes les personnes qui ont été victimes des inondations dans la capitale.

« Le geste est hautement humanitaire et symbolique et ça montre que nous sommes dans pays de solidarité et nous invitons chaque maliens à s’inspirer de ces actions de bienfaisances » a salué et invité Dr Modibo Doumbia, conseiller au ministère de la santé.

Si la communauté « Bozo » a été soulagée par des mécènes et les autorités maliennes, il reste que les conséquences des inondations se sont étendues sur une longue durée, car selon les pécheurs, eux-mêmes, quand le fleuve déborde de son lit, les poissons sont dispersés et la pêche n’est pas fructueuse.

Vêtu d’un boubou bleu, assis à l’ombre d’un mur, les pied tendus, Banzoumana Coumaré, chef de la communauté « Bozo » met à profit cette période de baisse des activités pour rafistoler les filets. « Quand l’eau dépasse un certain seuil il est difficile pour nous d’avoir du poisson dans le fleuve. Les poissons sont dispersés et personnes ne sait où en trouver surtout en quantité suffisante. Ce qui veut dire qu’en plus de l’inondations nous ne pouvons pas aussi travailler » dit-il entre deux gorgées d’eau.

Si vivre à côté du fleuve Niger constitue un danger pour les riverains mais aussi pour le fleuve du fait des déchets qui y sont déversés, il y a une plus grande menace sur le fleuve qui s’opère cette fois-ci loin de la capitale. Il s’agit de l’orpaillage traditionnel. Pratiqué en utilisant des produits toxiques et prohibés comme le cyanure, il pollue les cours d’eaux qui se déversent dans le fleuve, détruit la faune et la flore, tue les poissons et cause de graves maladies au sein des populations. À Faraba, dans le cercle de Kéniéba à plus de 450 km de Bamako cette activité prospère comme dans plusieurs localités du pays au détriment des fleuves et donc de la vie.

Mohamed Dagnoko