Le Festival Les Praticables a lancé sa 6ᵉ édition avec « Moi sur la colline », une pièce de l’autrice congolaise Christiana Tabaro, mise en scène par Aminata Koïta, avec une interprétation de Diarrah Dembélé et Kassim Dagnoko. Écrit pendant la guerre en République démocratique du Congo, le texte porte l’urgence d’un pays meurtri du fait des violences qui frappent la région depuis plus de trois décennies.

Sur scène, Diarrah Dembélé apparaît. Elle est habillée en noir. Tout de suite, elle déploie un long monologue face à un interlocuteur invisible. Ses phrases, parfois murmurées, parfois lancées comme des accusations, traversent des thèmes multiples : l’identité, la survie, la culpabilité, la relation au père, ainsi que la situation socio-politique contemporaine. Plusieurs répliques marquantes jalonnent la performance : « Moi c’est moi et à l’intérieur de moi se cache moi », « Tu vis dans mes yeux » et donnent au spectacle une dimension introspective et parfois douloureuse.

Derrière elle, le comédien Kassim Dagnoko marche à reculons, accompagne le parcours intérieur du personnage. Le violon, omniprésent, accentue l’intensité dramatique tandis que la lumière structure l’espace avec précision et accompagne les transitions émotionnelles de la comédienne. Les gestes, parfois proches de la danse sans en être réellement, renforcent la tension de la scène. Le spectacle intègre également des passages en bamanankan, évoquant notamment la pénurie de carburant au Mali, établissant un parallèle entre les réalités congolaises et maliennes.

La pièce aborde frontalement les massacres perpétrés en RDC, les populations déplacées, les cycles d’exactions et les pertes humaines. Une projection de statistiques sur le Congo et le Mali vient contextualiser ces violences et rappeler leur persistance. D’autres images symboliques, comme les hommes masqués vêtus de blanc portant des lingots d’or ou les cauris versés en cercle, enrichissent la lecture du spectacle.

« Moi sur la colline » se présente ainsi comme une œuvre engagée qui questionne la mémoire individuelle et collective. En ouvrant Les Praticables 2025, elle inscrit le festival sous le signe d’un théâtre qui interroge, qui témoigne et qui invite à réfléchir aux violences contemporaines autant qu’aux résistances qui leur répondent.

La rédaction

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