Depuis l’antiquité, l’Egypte a toujours été une puissance diplomatique, oeuvrant à préserver la paix dans le pays et dans le voisinage. Mais à chaque époque, ses traités de paix et à chaque souverain, ses méthodes. Focus

Au coeur des trois continents du monde ancien, l’Afrique, l’Asie et l’Europe, l’Egypte, depuis l’aube des temps, est un pilier incontournable pour la stabilité de la région. Elle a subi des séries d’attaques, du côté de ses frontières est et sud, et rarement de l’ouest. Raison pour laquelle les souverains égyptiens, voulant répandre la paix, la stabilité et la sécurité des routes commerciales, ont déployé beaucoup d’efforts pour établir la paix.

Pendant le Moyen Empire (2133-1786 av. J.-C.), l’Etat égyptien a pu instaurer la paix en nouant des relations d’amitié avec ses voisins. Les souverains, notamment ceux de la IIe dynastie (1991-1786 av. J.-C.), accordaient une ultime importance à la Nubie. C’est le cas du roi Sénousret Ier (1971-1928 av. J.-C.) qui a étendu le pouvoir égyptien jusqu’à la 2e cataracte au sud du pays et a nommé des gouverneurs égyptiens comme Haapi Jefaï, connu dans les textes découverts comme « président suprême du sud et président des dirigeants du sud », retrace l’égyptologue Abdel-Aziz Saleh, ex-doyen de la faculté des antiquités à l’Université du Caire dans son ouvrage L’Egypte Ancienne.

Pour les archéologues, les règnes des rois Amenemhat Ier (1991-1962 av. J.-C.) et Sénousret Ier, de même que leurs successeurs, notamment Amenemhat II (1928-1895 av. J.-C.) et Sénousret II (1895-1878 av. J.-C.) se caractérisent par les bonnes relations amicales avec les pays du Levant. Comme signe d’amitié, les rois égyptiens offraient à leurs homologues assyriens des cadeaux autant précieux que considérables. Parmi ceux-ci surgit une statuette en forme de sphinx trouvée au nord de la ville syrienne Homs. La princesse Ita, fille du roi Amenemhat II, l’avait offerte à l’une de ses amies parmi les princesses syriennes. « En forme de sphinx, cette statuette a pris une allure féminine. C’est la plus ancienne pièce jamais trouvée de ce genre, précédant alors les statues fameuses de sphinx de la reine Hatchepsout », retrace Abdel-Aziz Saleh.

Les efforts d’établir la paix continuent également avec Touthmôsis III (1479-1425 av. J.-C.), 6e roi de la XVIIIe dynastie du Nouvel Empire. Voulant garantir la loyauté des pays voisins, il ouvre des écoles égyptiennes pour les jeunes princes des pays voisins pour être instruits et éduqués. Ainsi est formée une génération de princes étrangers qui suit les traditions et les coutumes égyptiennes et dont la loyauté totale est pour l’Egypte et son souverain. Une telle politique a été modifiée avec le roi Amenhotep IV, le futur Akhenaton (1353-52-1338 av. J.-C.), 8e souverain de la XVIIIe dynastie. « A cette époque, la force était égale entre l’Egypte et les empires de Babylone et d’Assyrie.

Raison pour laquelle Akhenaton a signé une convention d’amitié et d’égalité avec ces deux rois », souligne l’égyptologue Ossama Sallam, spécialiste du Nouvel Empire, ajoutant que ce pacte, béni des divinités des pays, engage les souverains à respecter toutes ses clauses. « Le roi qui viole l’un de ses termes est menacé de subir la malédiction des dieux », explique l’égyptologue. Les termes de la convention mettant en relief la protection des frontières des pays permettent aussi les mariages diplomatiques et les conditions d’échange des prisonniers.

Premier traité de l’Histoire

L’Egypte n’a connu les traités de paix qu’avec le roi Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), 3e souverain de la XIXe dynastie. « Il a signé le premier traité de paix de l’Histoire avec son homologue hittite Hattusili III », souligne Sallam, ajoutant que ce traité a mis fin à des périodes délicates et sanglantes qu’a vécues la ville mésopotamienne « Qadesh », d’où le nom de la convention de paix en question. En effet, à cette époque, « un grand conflit est déclenché au sein de la cour royale hittite. Le roi Ramsès, présentant sa bravoure, a soutenu l’un des princes hittites en conflit. Néanmoins, le prince soutenu par le souverain égyptien a subi une défaite solennelle. Quant au vainqueur, il a décidé d’acquérir l’amitié du roi égyptien et de fortifier ses liens avec lui », explique l’égyptologue. Raison pour laquelle le roi des Hittites, Hattusili III, a demandé de signer le traité de paix avec le roi Ramsès II. Une signature qui a vu le jour au cours de la 21e année du règne de Ramsès II.

La version hittite de la convention indique les bénéfices : « La paix est mieux que la guerre. Elle nous donne les brises de la vie », avoue le roi hittite dans le texte du traité. D’après cette version, le traité de Qadesh s’ouvre sur les louanges aux divinités qui ont demandé d’entamer la convention, ainsi que leurs avertissements au cas de non-respect de ses termes. Parmi ceux-ci, si un homme renommé s’enfuit au pays hittite, le roi Hattusili doit l’arrêter et le renvoyer au souverain égyptien pour le soumettre à l’instruction et vice-versa. « Les archéologues ont connu tous ces détails grâce à la découverte de deux stèles en argent où sont inscrits des textes en cunéiforme et qui ont été trouvées à Bogazkoy en Turquie par l’archéologue allemand Hugo Winckler. L’une de ces deux stèles est conservée actuellement au Musée archéologique d’Istanbul en Turquie. Quant à la version égyptienne du traité, elle est gravée sur les parois des temples de Karnak et du Ramesseum », souligne l’égyptologue Laila Abdel-Qader.

Souffle de repos

Bien que l’Egypte ait connu le premier traité de paix, celui de Qadesh à l’époque de l’Egypte Ancienne, le deuxième n’est venu que 10 siècles plus tard pendant la période islamique. Et ce, parce que l’Egypte n’était pas à cette époque un pays autonome pour signer des accords. Au départ, elle était l’une des provinces de l’Empire romain dont le siège de gouvernance était Rome. Tous les décrets et les promulgations étaient signés par l’empereur romain et tamponnés par l’Empire romain. En 661, le commandant arabe a vaincu les Romains, et depuis, l’autorité de l’Egypte a été confiée au calife musulman, et le siège de la gouvernance était soit à Damas avec les Omeyyades (661-750), ou à Bagdad avec les Abbassides (750-1258). Ainsi, les décrets de paix effectués étaient signés par l’empereur romain ou le calife qui vivait dans la capitale du califat, lieu de sa gérance.« Il faudra attendre l’ère ayyoubide (1174-1252) pour que l’Egypte devienne le centre de l’Etat islamique », souligne Emad Aboul-Ela, expert en histoire islamique. Le roi ayyoubide Saladin résidait à la citadelle au Caire, la capitale d’Egypte, et y signait tous les décrets officiels et les traités de paix. Il a signé en 1192 le traité de paix « Ramla » avec le roi anglais Charlemagne dans la ville palestinienne Ramla. Cette convention est tamponnée au Caire. C’était dans le cadre de la 3e Croisade, guidée par le roi d’Angleterre Charlemagne connu sous le nom de « Richard coeur de lion ». Après des combats acharnés entre les Croisés et les armées de Saladin, aucune des deux parties n’a pu réaliser son objectif. Raison pour laquelle les deux commandants se sont penchés vers la paix. « En général, c’est le vaincu qui appelle à la paix et l’arrêt de la guerre, afin de protéger ses soldats et conserver sa dignité face à son peuple », explique l’expert, ajoutant que Charlemagne a demandé la paix comme un souffle de repos. Mais Saladin a signé un traité conditionné : la demeure des Croisés doit être limitée sur la ligne méditerranéenne allant de Tyr à Haïfa ; il permet aux chrétiens européens de visiter Beit Al-Maqdes, Jérusalem, sans payer le moindre impôt ; et enfin, la durée de l’armistice est de 3 ans et 8 mois.

A chaque époque ses traités

Dans le même contexte, l’époque mamelouke (1250-1517) témoigne de beaucoup d’accords de paix dont la durée de la plus longue ne dépasse pas les deux ans. « Ces accords étaient signés entre les Mamelouks, d’une part, et les pays entreprenant les Croisades et ceux des Mongols, de même que les îles de la Méditerranée, d’autre part », reprend Aboul-Ela.

Quant à l’époque contemporaine, l’Egypte, présidée par Mohamad Anouar Al-Sadate, a signé en 1979 le traité de paix avec le premier ministre israélien Menahem Begin. Ce traité, l’accord de Camp David, est le fruit de plusieurs étapes effectuées par Sadate qui a présenté un discours emblématique au Parlement israélien, la Knesset, en 1977. Suite à ce traité, l’Egypte a pu restituer la péninsule du Sinaï, hormis la ville frontalière de Taba. Là surgit le rôle de l’histoire et de la diplomatie égyptiennes. Politiciens, diplomates et historiens ont réussi à prouver que Taba fait partie du territoire égyptien depuis l’aube de l’Histoire. Ainsi, un dossier fut présenté à la Cour internationale de justice qui a confirmé la possession de l’Egypte de Taba. Une décision annoncée en 1982 et le drapeau égyptien est hissé à Taba le 19 mars 1989. C’est l’un des chapitres du traité de paix de 1979.

L’histoire de l’Egypte est ainsi marquée par un rôle diplomatique indéniable qui lui a permis de conclure une série d’alliances et de traités de paix.

Doaa Elhami, Ahraminfo