Installé au Québec mais très connecté à son Congo natal, Kizaba incarne une nouvelle génération d’artistes pour qui le futur est un terrain d’expérimentation bien réel. Révélation Radio-Canada 2024-2025, auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste, il redéfinit les contours de la musique africaine contemporaine en fusionnant soukous, afrobeat, électro et textures sonores futuristes. Plus qu’un style, un manifeste.

Depuis tout petit, Kizaba baigne dans la musique. Dès 14 ans, il entame sa première tournée en tant que batteur auprès de son paternel. Formé au jazz, il développe rapidement une vision singulière de la création musicale, en associant des influences variées à une base profondément congolaise. Loin de renier ses origines, il les transcende, les projette dans un demain possible, celui de l’Afrofuturisme. « Je veux parler de ma culture, mais en la projetant au-delà des limites traditionnelles. C’est en cette vision que réside mon afrofuturisme », confie-il.

Guitare basse reproduite à la bouche, effets vocaux cinématographiques, synthétiseurs, percussions organiques : sa musique évoque des productions de science-fiction aux scénarios écrits en lingala, en kikongo, en français, en anglais et même en espagnol. Un son hybride, cinématographique, live, instinctif. Kizaba est bien un musicien du futur, mais avec la mémoire vive du passé.

Il porte haut l’étendard de cet afrofuturisme musical. Pour lui, les « sonorités futuristes » ne sont pas juste une question de style ou d’effets numériques. Il s’agit d’un dialogue entre spiritualité africaine et technologie, entre mémoire ancestrale et rêve du futur. « J’utilise l’électro, des effets vocaux, des textures cinématographiques… mais jamais pour masquer. Je veux amplifier. Ce que je fais, c’est de la musique de science-fiction, mais enracinée, engagée, nourrie d’histoires, de spiritualité, de transmission. »

Lauréat du Prix de la découvrabilité, son prochain album, Future Village, attendu en octobre 2025 au WOMEX en Finlande, poursuivra cette exploration, avec un spectacle immersif mêlant sons, images et récits. Une œuvre totale.

L’Afrofuturisme, une renaissance

Kizaba a grandi sur scène, devant des foules, au cœur des églises de Kinshasa, dans les rues, au contact du public. Et cette expérience de proximité, il ne l’a jamais perdue. À travers ses masterclass, il transmet son art, mais aussi une philosophie : ne jamais laisser la tradition devenir un fardeau. L’afrofuturisme n’est pas une fuite ; c’est une renaissance.

Et si certains l’accusent d’être trop technologique, de trop jouer avec les effets, de risquer une superficialité moderne, sa réponse est claire : « L’intelligence artificielle par exemple, ce n’est pas un danger si elle est guidée par une âme. Ce qui compte, ce n’est pas l’outil, c’est l’intention. Moi, je compose depuis toujours. J’ai appris avec mon père. J’ai commencé jeune. Ce que je fais n’est pas une mode, c’est une nécessité. »

Aujourd’hui, la musique congolaise est jouée partout, mais elle mérite d’évoluer, de ne pas rester enfermée dans des formes figées. Kizaba en est un messager : il ne nie rien, il ajoute, il élargit, il imagine. Kizavibe, son album salué par la critique et nommé aux Juno Awards, GAMIQ et Prix Dynastie, en est la preuve. Un projet où le futur s’écrit en beats, en souvenirs, en langues métissées, en espoirs.

Et demain, à travers le WOMEX, Kizaba portera encore plus loin sa voix. Une voix venue d’un Congo en difficulté, mais tournée vers la paix, vers l’universalité, vers le village du futur.

Issouf Koné

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