Le département en charge de l’Agriculture a connu de nouveau un changement de ministre. Dr Ibrahima Samaké, succède à Daniel Siméon Kelema. La cérémonie de passation a eu lieu ce lundi 16 février. Plusieurs défis attendent le nouveau patron du monde rural qui est en terrain connu.
Connaissant l’immense poids qui pèse sur son nouveau fauteuil, le nouveau Ministre de l’Agriculture a, dès sa prise de service, sollicité l’accompagnement de tout le personnel pour relever les nombreux défis du secteur Agricole dont les atouts sont immenses à l’échelle nationale, afin de faire de l’Agriculture un levier de croissance économique, comme voulu par les hautes autorités du pays qui ont placé en lui leur confiance.
Qui est le nouveau ministre de l’Agriculture ?
Le ministre entrant, Dr Ibrahima Samaké, est un agroéconomiste et universitaire malien reconnu, expert du développement rural, selon les informations fournies par le Centre d’Information du Gouvernement (CIGMA).
Ancien Directeur Général de l’IPR/IFRA de Katibougou (2025-2026), ce technicien chevronné a une solide expérience de terrain et de recherches pour booster la souveraineté alimentaire au Mali.
Les défis liés au secteur agricole
Pour transformer l’agriculture malienne qui repose aujourd’hui essentiellement sur le coton, en boostant la productivité, cinq axes d’action ont été identifiés par les experts.
Il s’agit : de réformer le régime foncier afin de sécuriser les investissements consentis par les producteurs et les investisseurs dans l’agrobusiness ; de mettre en place des politiques agricoles incitant les petits producteurs à être plus compétitifs et le secteur privé à investir davantage, notamment dans la transformation ; de créer des mécanismes de subventions ciblant les intrants pertinents pour engager dès aujourd’hui l’adaptation aux changements climatiques ; d’améliorer le réseau routier afin d’acheminer sans pertes les produits alimentaires des zones de production agricole ou d’élevage vers les unités de transformation et les marchés ; de développer un dispositif étendu de formation et de vulgarisation pour encourager l’adoption de techniques et technologies adaptées par les agriculteurs et les éleveurs.
Selon les experts, si le Mali parvient à répondre à ces défis, le pays pourra s’imposer comme le grenier de l’Afrique de l’Ouest.
En effet, l’agriculture occupe une place primordiale dans l’économie malienne. Elle représente environ 40 % du produit intérieur brut (PIB) et constitue la principale source de revenus pour une majeure partie de la population rurale, selon les données de la Banque mondiale. Cependant, la productivité agricole reste très faible en raison de la prédominance de l’agriculture pluviale, de la dégradation des terres, de pertes élevées après la récolte, de la faible transformation et du manque d’investissements privés.
Ces dernières années, les hautes autorités du pays consentent beaucoup d’efforts pour le secteur agricole au Mali. L’État y consacre 15% de son budget annuel. Pour la campagne 2025/2026, c’est 130 milliards de FCFA qui a été alloué à ce secteur pour renforcer la production, notamment à travers des subventions sur les intrants et les équipements avec comme objectifs d’atteindre plus de 11 millions de tonnes de céréales et 682 000 tonnes de coton graine. Le gouvernement a fixé des prix subventionnés pour les intrants, avec le sac de 50 kg d’engrais minéraux à 14 000 FCFA et l’engrais organique à 3 000 FCFA. En outre, la production de coton a également été soutenue, avec le maintien de son prix à 300 F CFA/kg.
Il y a également plus de 105 000 tonnes d’engrais qui ont été distribuées. Sans oublier des efforts qui ont été faits pour la modernisation de l’agriculture via l’aménagement hydro-agricole. Tous ces efforts ont permis d’obtenir un niveau satisfaisant dans l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire.
Malgré ces efforts, beaucoup reste à faire car même si les attentes au niveau de la production céréalière ont été comblées avec plus 11 600 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, les prévisions au niveau du coton indiquent que le Mali pourrait de nouveau céder sa place de premier producteur africain de coton au profit du Bénin, avec une chute attendue de la production de 34 % par rapport à la campagne précédente, à 433 700 tonnes. Une situation qui serait due, selon les acteurs, à l’invasion de jassides (insectes), aux inondations sévères qui ont touché plusieurs secteurs et aux problèmes logistiques. À ces lots s’ajoute la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays qui affecte également le secteur.
Ce qui attend le nouveau ministre
Pour les hautes autorités du pays, le bilan 2025 s’inscrit dans la continuité des réformes engagées au cours de ces dernières années au niveau du secteur agricole.
Il s’agit de la mise en œuvre de la loi de programmation des investissements, de l’actualisation du plan triennal harmonisé des campagnes 2025–2027 et de l’articulation avec la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024–2033. Et les axes annoncés portent sur les aménagements hydro-agricoles, la diffusion de semences améliorées, la protection des végétaux etc.
Il doit également renforcer la collaboration entre le secteur agricole et la recherche scientifique, car la modernisation du secteur agricole passe par l’innovation pour consolider les acquis et atteindre les objectifs de la prochaine campagne.
Les objectifs de production pour 2026 et 2027, prévoient une production céréalière de 12,2 millions de tonnes en 2026 et de 12,7 millions de tonnes en 2027. Des objectifs ambitieux, certes, leur réalisation dépendra de la capacité à surmonter les obstacles actuels.
Moussa Sékou Diaby





