Pour la campagne agricole 2024/2025, les productions végétales sont estimées à 90% des objectifs au Mali. Pour la nouvelle saison qui s’annonce, les prévisions sont connues.

Au Mali, près de 80 % de la population active évolue dans le secteur agricole. Il contribue à 40 % du PIB national. Le gouvernement s’attend à une récolte de 11 696 721 tonnes de céréales en 2025, selon le ministre de l’agriculture, Daniel Siméon Kelema. Cette prévision, si elle se réalise, représenterait une progression de 6 %, soit 685 870 tonnes de plus que la production réalisée durant la campagne précédente. Vont-ils réussir à atteindre ces objectifs fixés ?

<< Nous avons réalisé 90%de nos objectifs en production végétale en 2024. Nous nous réjouissons de ce résultat mené >>, s’est réjouit Souleymane Yacouba Maïga, ingénieur de l’Agriculture et du Génie Rural, directeur national de l’agriculture qui nous explique comment dépasser les 90% des objectifs atteints en 2024 ?

En effet, selon Souleymane Yacouba Maïga, la production céréalière a atteint 11 010 851 tonnes en 2024. Et 615 000 tonnes de coton graine ont été récoltés pendant la même campagne. Pour la campagne 2025/2026 il est prévu un production de plus de 11 000 tonnes de céréales et plus de 700 000 tonnes de coton graine. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement a fixé les prix suivants pour les intrants : 14 000 FCFA pour le sac de 50 kg d’engrais minéraux, 3 000 FCFA pour les engrais organiques. Le prix du coton graine de premier choix est maintenu à 300 FCFA/kg. Ces mesures sont-elles suffisantes pour atteindre les objectifs ?

Pour le directeur, il faut non seulement une bonne pluviométrie, mais aussi respecter des techniques agricoles préconisées par les agents de l’agriculture auprès des paysans. Sans oublier l’utilisation des semences améliorées adaptées au dérèglement climatique. Il a donné l’assurance que des semences ont été mises au point afin de permettre aux paysans de régulariser la production en cas de déficit pluviométrique.
<< Nous pensons que les activités que nous avons programmé, avec un suivi évaluation régulier de tout ce qu’on a mis en place, avec la stratégie politique, nous allons minimiser le risque de la production>> rassure t-il.

Comment les 90% ont été atteints malgré un contexte difficile ?

Ces dernières années, il faut saluer la résilience du monde agricole face aux dérèglements climatiques et d’autres facteurs humains. Aux dires du directeur national de l’agriculture, malgré les inondations et l’insécurité qui ont impacté les productions, les résultats restent encourageants.
<< Au début de la campagne 2024 on était inquiet jusqu’à la première décade du mois de juillet, pendant laquelle la pluie s’est installée régulièrement sur l’ensemble du territoire national. Cette situation a duré jusqu’à la première décade du mois de novembre. Une augure pour la production végétale. Même si des innondations ont causées des pertes de superficie, en agriculture on dit que l’excès d’eau est mieux que la sécheresse >>, a-t-il rappelé.

En outre, il a rappelé que lors de la 15ème  session du conseil supérieur de l’agriculture, tenu en début du mois de mai, le chef de l’État a réaffirmé l’engagement du gouvernement à accompagner les producteurs. En plus de la subvention des intrants agricoles, il faut de l’accompagnement pour la mécanisation, du soutien à la pisciculture, à l’élevage et aux exploitations familiales, notamment en facilitant l’accès au crédit, au foncier et aux technologies agricoles. Tous ceux-ci sont des facteurs non négligeables dans l’atteinte des objectifs.

Ce sont des difficultés auxquelles le monde rural est confronté. D’ailleurs, ces difficultés ont été énumérées par Sanoussi Bouya Sylla, président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali (APCAM) durant la 15ème session du CSA.
Les difficultés du monde rural

D’après Sylla, au Mali les exploitations familiales agricoles sont majoritairement peu mécanisées. Elles ont un difficile accès au financement bancaire adapté à la profession agricole. Elles peinent à assurer leur autosuffisance alimentaire. Les difficultés majeures de la profession agricole se résument comme suit: l’indisponibilité de semences prolifiques et des intrants de qualité, l’aménagement et l’accès des terres agricoles et à l’eau, notamment par les jeunes et les femmes, la mécanisation agricole, la promotion de l’entrepreneuriat féminin et des jeunes ruraux, l’exploitation des terres agricoles par les miniers, la stabilisation du cheptel malien conformément aux conclusions de la 14ème session du conseil supérieur de l’agriculture, la transformation et la commercialisation des produits agricoles, d’élevage et de pêches etc.

Retour sur les prouesses de la campagne précédente

À en croire le directeur national de l’agriculture, dans le domaine de la production végétale, l’accompagnement de l’État n’a pas fait défaut tout au long de la campagne 2024. Plus de 37 000 tonnes d’engrais minéraux ont été subventionnées. Ce qui a permis à alléger les difficultés liées à l’approvisionnement en engrais pendant la même campagne.
<< Sur 90% de nos résultats, on a produit plus de 11 010 000 tonnes toutes céréales confondues. 656 679 tonnes en coton graine. Les engrais, l’encadrement technique et d’autres actions ont été menées pour soulager les activités agricoles. Nous nous réjouissons du résultat parvenu qui résulte de l’ensemble des efforts fournis par les acteurs impliqués dans la mise en œuvre de la campagne agricole. Les engrais étaient disponible à temps. Il y a eu la distribution de plus de 22 000 tonnes d’engrais de la fédération de la Russie pour le riz >>, a-t-il salué.

<< L’année dernière nous avons anticipé depuis le mois de mai, comme cette année, on a pris les dispositions pour que dès la première pluie, les paysans puissent entrer en possession des engrais subventionnés>>, a-t-il ajouté.

Quid du budget alloué à la campagne ?

En effet, sur le plan budgétaire l’État a alloué un montant de 182 386 801 000 FCFA pour la campagne de 2024/2025, contre 177 852 599 000 FCFA durant la campagne de 2023, soit une augmentation de 0,10 %. Cette somme a-t-elle été mobilisée ?
<< Il y avait un budget initial de 182 milliards et après révision, ce budget a été ramené à 162 milliards et finalement c’est 76 milliards qui ont été notifiés. Quand on fait le budget c’est avec les moyens, a défaut d’avoir les moyens sollicités, il faut rationaliser ceux qui ont été mobilisés>>, a expliqué Souleymane Yacouba Maïga.

À ses dires, certes le budget alloué n’était pas au rendez-vous, mais ils ont cherché à faire mieux avec le peu qu’ils ont pu disposer. Ce qui les a permis d’atteindre ce résultat.

Cependant, Simbo Diakité, paysan et consommateur affirme que les consommateurs ne sont pas satisfaits de ce qui se trouve au marché. Même s’il reconnaît que des efforts sont en train d’être faits. Il estime que l’État doit aller au fond des choses.
<< Le pays dispose d’énormes potentialités agricoles. Avec 50% du budget on est arrivé à réaliser 90% des résultats. Ça veut dire que quelque part, quelqu’un a souffert. Ce qui veut dire que tout ce qui n’a pas été fait par l’État a été fait par les producteurs>>, a-t-il déploré.

Pour le directeur national de l’agriculture, ce que le gouvernement est en train de faire est un appui aux exploitants agricoles. Et le gouvernement fait en sorte que les appuis viennent à temps pour soulager les productions.
<< Ce sont des difficultés auxquelles le monde rural fait face au quotidien. Une agriculture compétitive, résiliente repose sur la mécanisation. La stratégie, c’est de mécaniser toute la chaîne de production. Que ça soit la production, que ça soit la transformation, que ça soit la commercialisation. C’est pourquoi un certain nombre de dispositifs ont été mis en place. Nous arrivons à adapter notre agriculture au rythme internationale. Aujourd’hui si nous n’avons pas des interprofessions fortes, adaptées, c’est très difficile de développer notre agriculture>>, a fait savoir le directeur national de l’agriculture.

Sur le financement, il dira que pour faire face à un financement il faudrait qu’une interprofession arrive à faire des contrats. Car selon lui, c’est avec les contrats qu’il est facile de convaincre les banques.
<< Nous travaillons sur l’agriculture orientée sur le marché. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans l’agriculture de subsistance. Nous sommes convaincus que le potentiel que nous avons, les stratégies que nous avons, nous arriverons à développer notre agriculture et alléger la souffrance des agriculteurs en augmentant le revenu des exploitants agricoles. Qu’ils vivent de ce qu’ils font>>, a-t-il souligné.

Il demande aux exploitants agricoles de se mettre ensemble en coopérative pour accéder à certaine facilité de financement. Sinon individuellement ça sera difficile d’avoir du financement. Or sans financement c’est difficile d’atteindre les objectifs.
<< Nous espérons avoir un mécanisme pour permettre aux petits exploitants de bénéficier aussi des crédits. Ils sont nombreux et ont envie de faire avancer les choses mais ils sont bloqués par faute de moyens>>, a-t-il indiqué.

Avant d’insister sur l’utilisation des semences certifiées afin de booster la production. Et la mise en place des interprofessions. Car selon lui, il faut des interprofessions fortes, efficaces et efficientes pour faire face au financement.
Par ailleurs, il conseille une agriculture orientée sur le marché. Connaître le besoin des consommateurs avant de produire. Sans oublier la disponibilité des infrastructures de stockage.
Moussa Sékou Diaby