Parrain de la deuxième cohorte des ateliers des métiers des médias, Saouti Haïdara, Directeur de publication du quotidien l’Indépendant a fait un état des lieux sans concession de la presse malienne. Comme pour préparer la vingtaine de jeunes formés aux métiers des médias à affronter la réalité qui les attend.

D’emblée il leur dira que le Mali vit sous état d’exception depuis cinq ans avec pour conséquences selon lui la mise en berne des libertés individuelles et collectives, notamment la liberté d’expression « capitale à l’exercice de la profession de journaliste ».

Pour étayer son propos, il citera en exemples la suspensions des radios pour trois mois, d’une chaîne de télévision à Bamako  pour six mois et plus récemment, l’arrestation et la condamnation d’un Directeur de publication à deux ans d’emprisonnement.

S’il est selon lui vrai que la nouvelle constitution de 2023 offre des garanties, les exemples cités témoignent des « péripéties et de la délicatesse d’exercer le métier d’informer au Mali ».

En plus de cette « délicatesse » dans l’exercice du métier, il a, en présence des responsables des faîtières des médias qui se tenaient tout autour de lui au moment de son discours, décrit l’environnement économique difficile dans lequel végète les rédactions.

Selon lui, les causes de ces difficultés sont entre autres « La dégradation du sceteur économique liées  à l’insécurité sous toutes ses formes, à la raréfaction de l’investissement direct sauf dans le secteur minier, à la réduction drastique  de l’aide financière internationale suite au répli souverainiste du Mali, à l’étouffement des entreprises à cause à la fois des difficultés d’accès au crédit bancaire, de la crise énergétique persistante et de la forte pression fiscale ».

 Aux dires de Saouti Haïdara ce sont ces situations qui ont réduit la presse, toutes branches confondues, à la portion congrue.  Celui qui doit souffler sa 76ème bougie dans trois mois, qui est l’un des plus anciens de la presse, se souvient non sans nostalgie des «  jours fastes de la presse malienne » quand selon lui l’économie était productive et regrette  que, la publicité qui fait la force économique des médias dans les pays développés fonde aujourd’hui comme beurre au soleil sous nos tropiques.

Loin de vouloir décourager ou faire peur à cette cohorte dont il est le parrain, il s’agissait pour celui dont les sorties publiques se comptent sur les doigts d’une main et dont la légitimé dans la presse ne souffre d’aucune contestation, de les préparer à affronter la réalité du terrain. C’est d’ailleurs pourquoi il leur a demandé de s’armer d’intelligence, de courage et de ténacité pour surmonter les défis qui les attendent.

Si les enjeux sont réels, les défis nombreux il sait aussi que ses « filleuls » ne peuvent pas à eux seuls mener le combat pour faire changer la donne c’est pourquoi il a invité les faîtières de la presse à être aux côtés de ses filleuls et de l’ensemble des journalistes maliens pour permettre un meilleur exercice de la profession dans les conditions descentes.

Mohamed Dagnoko