À l’approche de la fête de tabaski l’ambiance était à la fois joyeuse et tendue dans les marchés maliens.

Alors que les familles se préparaient à honorer le rituel du sacrifice, le renchérissement du

mouton complique l’accès à cette tradition pour beaucoup. Entre attachement culturel et réalités économiques, les maliens ont jonglé entre foi ,solidarité, et sacrifices financiers.

<< Cette année le prix d’un mouton de taille moyenne à bamako a coûté entre 120.000 et 250.000 FCFA , contre 80.000 à 150.000 il y’a de cela trois ans >> affirme Adama Dembele chauffeur de taxi à Bamako.

La tabaski ou l’Aid El kébir commémore le sacrifice d’Ibrahim. Traditionnellement chaque chef de famille qui en a les moyens doit sacrifier un mouton. Mais pour beaucoup ne pas sacrifier un mouton équivaut à manquer un devoir religieux.

<< Même si on doit s’endetter on ne peut pas passer la tabaski sans mouton , c’est une question d’honneur >> affirme Boubacar , réparateur de moto.

Dans un pays où plus de 40% de la population vit sous le seuil de la pauvreté le sacrifice du mouton est devenu  une source d’endettement ou de privation.

<< certains Maliens préfèrent se tourner vers les tontines, contracter un prêt informel auprès des proches ou faire des sacrifices collectifs pour alléger les coûts >> affirme Oumou, vendeuse au marché de Médina coura.

Au delà de l’aspect religieux, la tabaski est aussi une démonstration sociale. Ne pas sacrifier peut être vu comme un signe de pauvreté ,voire de négligence religieuse. Vêtements neufs, repas abondants, visites de famille… la fête devient une vitrine sociale.

Selon un sociologue : << la tabaski , dans les villes maliennes , est de plus en plus perçue comme une obligation sociale. On sacrifie parfois plus pour le regard des autres que pour Dieu. >>

Le sacrifice de la tabaski est fortement recommandé mais non obligatoire pour les musulmans qui n’en ont pas les moyens.

<< celui qui ne peut pas sacrifier n’a aucun péché. Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité >>soulignent  des imams dans les sermons du Vendredi.

<< La fête ne doit pas être une course à la dépense. Ce n’est pas une compétition. Celui qui partage ce qu’il a accomplit le plus grand acte >>.

Entre foi, tradition et réalités économiques, la tabaski au Mali illustre les contradictions d’une société en mutation. Une fête sacrée que beaucoup veulent préserver sans se sacrifier eux mêmes.

Moudouwoye Touré