Le Mercredi 19 février dernier, les forces spéciales marocaines ont interpellé 12 membres de Daech qui s’apprêtaient à commettre des attentats terroristes sur des sites, des membres de forces publiques ou des installations sensibles. Ce réseau selon les enquêtes est piloté depuis le Sahel par un haut responsable de l’état islamique responsable des opérations extérieures et en charge d’internationaliser les activités terroristes. Ces interpellations interviennent deux jours après la réunion de la coopération militaire Mali-Maroc tenue à Bamako au cours de laquelle des axes de  coopérations notamment militaires ont été signés dans un mémorandum. Pourquoi le Maroc ? Quelles solutions avec les pays du Sahel et d’autres acteurs pour endiguer le phénomène ?

La vigilance des forces spéciales marocaines a permis le 19 février dernier de déjouer des attentats terroristes sur le territoire du Royaume. Les douze éléments de Daech interpellés sont commandés depuis le Sahel, ce qui témoigne de l’inexistence des frontières quand il s’agit du terrorisme selon Dr Ahmadoun Touré, enseignant chercheur à la Faculté des Sciences Politiques et Administratives de Bamako et spécialistes des questions sécuritaires.

« C’est avant tout transporter le terrorisme vers le Maroc et  une autre lecture c’est celle géopolitique et géostratégique de guerre d’influence s’inscrivant dans de nouvelles dynamiques et de nouvelles configurations politiques de l’heure. Il est dès lors important que les marocains comprennent que ce n’est plus l’affaire d’un pays mais que c’est un phénomène transnational qui n’a pas d’amis et qui souvent est utilisé au profit de puissances internationales » analyse Dr Ahmadoun Touré ?

L’autre explication qui place le Maroc dans le viseur du terrorisme est selon l’analyste Mohamed Mamata Touré  son initiative Atlantique qui vise à sortir les pays du Sahel central de l’enclavement en leur donnant accès à ses ports.

« Avec l’initiative Marocaine de donner l’accès aux pays du Sahel via ses ports de Dakhla et autres, il fallait s’attendre à ces situations comme pour signifier que ce qu’on appelle terrorisme ne sert en réalité que des intérêts inavoués » ajout-il à l’analyse de cette situation.

Ces attaques déjouées doivent selon Dr Ahmadoun Touré amener le Maroc à identifier des nouvelles  pistes de coopérations et de partenariats avec les pays du Sahel qui font face depuis de nombreuses années à ces actes terroristes

« Cette situation va certainement amener le Maroc à accentuer sa coopération avec les pays du Sahel et notamment la lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière organisée, le banditisme transnational. C’est pour dire que cet acte va certainement pousser le Maroc à identifier de nouvelles pistes d’engagements et de coopérations pour arrêter le phénomène » dit-il.

Si en plus des relations séculaires, le Maroc est considéré comme l’un des premiers partenaires financiers du Mali, la coopération militaire quant à elle n’était pas un sujet majeur. Une donne qui commence à changer car, il y a eu à Bamako le 17 février dernier, la réunion d’une commission mixte militaire entre les deux pays. Ce qui selon Dr Bakary Traoré, expert des questions politiques sonne comme une anticipation de la part du Maroc des évènements du 19 février.

« La coopération militaire entre le Mali et le Maroc était à un niveau timide jusqu’à ce que cette semaine, finalement, il y a eu une rencontre à Bamako entre une délégation militaire venue du Maroc et celle du Mali dans le cadre d’une première réunion mixte militaire entre les deux pays. Cela dénote de la nécessité pour ces deux pays d’étendre leur coopération dans le domaine militaire au-delà de l’aspect économique et commercial » informe Dr Bakary Traoré.

Les axes de coopérations consignés dans le mémorandum qui a sanction les travaux dénote selon lui de la volonté des deux pays de lutter ensemble contre  ce phénomène « la rencontre a donné lieu à la  signature d’un mémorandum autour de 3 axes principaux notamment la formation, la logistique et la coopération sécuritaire. Tous ces axes-là montrent à quel point ces États doivent coopérer sur le plan militaire pour faire face aux menaces transfrontalières ».

Mais au-delà des deux pays, il est nécessaire selon lui d’étendre la coopération aux autres États du Sahel mais aussi aux pays qui font frontières avec ces États et qui sont souvent utilisés comme bases arrières de ces terroristes et peuvent servir de bases aux militaires dans le cadre de leurs opérations.

« Il y a aujourd’hui nécessité pour les États du Sahel mais aussi pour les États voisins des pays du Sahel de coopérer pour faire face à cette menace transfrontalière parce que qui dit menace dit mode opératoire, qui dit mode opératoire dit des bases arrières. Les forces militaires en général ont toujours besoin de bases arrières pour mener leurs actions dans les États menacés. C’est donc une bonne chose que le Maroc parvienne à démanteler ce réseau terroriste qui s’apprêtait à passer aux actes et certainement au-delà même du Maroc » conseil et se félicite Dr Bakary Traoré.

Une dynamique commune entre le Maroc et les pays du Sahel est présentée comme la solution pour éviter  l’internationalisation  du terrorisme vers le Maroc en l’endiguant au niveau des pays du Sahel.

Mohamed Dagnoko