Après la tenue du pré-forum dédié à l’histoire du rap malien, une étape décisive vient d’être franchie dans la valorisation des archives du Hip-Hop malien. Cette première rencontre a permis de poser les bases d’une réflexion collective, de recueillir des témoignages précieux de pionniers et de raviver la mémoire d’un mouvement encore trop peu documenté.
Désormais, les regards sont tournés vers la prochaine grande étape : l’organisation du Forum national du hip-hop malien. Portée par Issouf Koné, journaliste culturel, cofondateur de Kone’xion Culture et grand défenseur de culture Hip-hop, cette initiative s’inscrit dans une dynamique ambitieuse de structuration et de reconnaissance. À travers cette interview, il revient sur les acquis du pré-forum organisé le 11 avril dernier à la maison sur le fleuve, les enseignements tirés et les perspectives qui se dessinent pour un événement d’envergure appelé à marquer un tournant dans l’histoire du rap malien.
InfHonnete : Quelle est l’ambition principale de ce pré-forum sur le rap malien ?
Issouf Koné : L’ambition principale de ce pré-forum était de structurer un récit cohérent autour de l’histoire du rap malien, qui jusqu’ici reste largement fragmentée et transmise de manière informelle. En réunissant différents acteurs, surtout les premiers témoins du mouvement, l’initiative cherche à créer une vision globale et partagée de son évolution. Cela permet de dépasser les récits individuels pour construire une mémoire collective plus solide.
Ce projet vise également à offrir un espace d’échange entre les générations. Les pionniers, les artistes contemporains et les passionnés peuvent ainsi dialoguer, confronter leurs expériences et enrichir leur compréhension mutuelle. Ce croisement des regards est essentiel pour mieux saisir la complexité et la richesse du mouvement.
Par ailleurs, le pré-forum ambitionne de valoriser le rap malien comme une expression culturelle majeure. Il ne s’agit plus seulement de le considérer comme un divertissement, mais comme un vecteur d’engagement social et politique. Cette reconnaissance contribue à renforcer sa légitimité dans le paysage culturel national.
Cette initiative pose également les bases d’actions futures plus structurées, notamment l’organisation d’un forum national. Elle s’inscrit donc dans une dynamique à long terme visant à pérenniser les efforts de documentation et de valorisation du hip-hop malien.
Infhonnete: Pourquoi est-il important aujourd’hui de documenter l’histoire du rap malien ?
Issouf Koné: La documentation de l’histoire du rap malien est devenue une nécessité urgente, car une grande partie de cette mémoire est dispersée Avec le temps, ces récits risquent de disparaître ou d’être altérés, ce qui entraînerait une perte importante pour le patrimoine culturel. Il est donc essentiel de les collecter et de les conserver dans un cadre structuré.
En outre, documenter cette histoire permet de rendre justice aux acteurs qui ont contribué à l’émergence du mouvement. Beaucoup de pionniers restent aujourd’hui peu connus du grand public, malgré leur rôle déterminant. Leur reconnaissance passe par un travail de mise en lumière de leurs parcours et de leurs contributions.
Ce travail de documentation est également important pour les jeunes générations. Il leur offre des repères historiques et culturels qui peuvent nourrir leur créativité et renforcer leur identité artistique. Comprendre les origines du mouvement permet de mieux s’inscrire dans sa continuité.
Infhonnete: Depuis quand le rap malien joue-t-il un rôle important dans la culture du pays ?
Issouf Koné :Le rap malien commence à prendre forme à la fin des années 1980, dans un contexte marqué par des influences extérieures et des mutations internes. Les premières initiatives émergent souvent de manière informelle, portées par des jeunes passionnés de musique. Ces débuts posent les bases d’un mouvement encore en construction.
Dans les années 1990, le rap s’impose progressivement comme un moyen d’expression privilégié pour la jeunesse. Il accompagne les transformations politiques et sociales du pays, notamment avec l’avènement de la démocratie. Les artistes utilisent leurs textes pour aborder des sujets sensibles et exprimer des revendications. Au fil du temps, le rap malien s’est diversifié et professionnalisé. Il a su intégrer des influences locales, notamment musicales et linguistiques, tout en restant connecté à la scène internationale. Cette hybridation contribue à son originalité et à sa richesse.
Aujourd’hui, le rap est un élément incontournable de la culture urbaine au Mali. Il influence non seulement la musique, mais aussi la mode, le langage et les formes d’engagement social. Son rôle dépasse largement le cadre artistique.
Infhonnete: Quelles sont les principales activités qui étaient prévues lors de ce pré-forum ?
Issouf Koné : Le pré-forum a proposé une exposition d’archives du rap malien. Des images, notamment des coupures de presse collectées aux archives nationales, des objets personnels de rappeurs, des cassettes, des manuscrits, des tenus de scènes et des supports audiovisuels. Cette approche visuelle et immersive a facilité la compréhension du parcours du mouvement.
À côté, comme activté essentielle, un panel de discussion avec des acteurs clés du mouvement a eu lieu. Parmi ces acteurs, nous avons eu l’immense honneur d’avoir des figures pionnières comme Alpha Touré dit AL T Strong, auteur du premier clip de rap au Mali, Abba Samassékou, figure très importante du Hip-hop malien qui a notamment produit des groupes légendaires comme Tata Pound et initié l’émission Génération 21 en 2001. Il y avait aussi Amkoullel qui est également une grosse pointure du rap malien et Master Soumy qui certes était le plus jeune des panélistes mais dont la présence était nécessaire afin qu’on ait un véritable cadre intergénérationnel.
Beaucoup d’autres anciens étaient présent, notamment Salif Sanogo, Alioune Ifra Ndiaye, Micker B du groupe Rabba Boyz, Nbee de Diata Sya, d’autres comme Bradox qui ont participé à distance.
La jeune génération était aussi de la partie avec des artistes comme King KJ, Le Fou, Deux-beto et bien d’autres.
Infhonnete: Quelle place occupent les pionniers dans cet événement ?
Issouf Koné :Les pionniers occupent une place centrale dans cette initiative, car ils sont les fondations vivantes du rap malien. Leur expérience permet de retracer les débuts du mouvement avec précision et authenticité. Ils apportent un éclairage unique sur les conditions dans lesquelles le rap a émergé. En partageant leurs parcours, ils offrent aux jeunes artistes des repères et des sources d’inspiration. Cela permet de créer un lien direct entre les différentes générations.
Par ailleurs, la présence des pionniers contribue à la crédibilité de l’événement. Elle témoigne d’une volonté de reconnaissance et de respect envers ceux qui ont ouvert la voie. Cela renforce l’adhésion du public et des acteurs du milieu.
Enfin, leur implication permet de nourrir les archives en construction. Leurs témoignages, souvent inédits, constituent des ressources précieuses pour documenter l’histoire du rap malien de manière rigoureuse.
Infhonnete: En quoi ce pré-forum contribue-t-il à la transmission intergénérationnelle ?
Issouf Koné :Le pré-forum agit comme un pont entre les générations en facilitant les échanges directs entre anciens et jeunes artistes. Les différents formats proposés, notamment les panels et les masterclass, ont favorisé cette interaction.
Cette transmission ne se limite pas aux aspects techniques ou artistiques. Elle inclut également des valeurs, des expériences de vie et une compréhension du contexte historique. Les jeunes participants peuvent ainsi mieux appréhender les enjeux du mouvement.
En retour, les nouvelles générations apportent leur regard et leur créativité. Ce dialogue enrichit les deux parties et contribue à l’évolution du rap malien. Il ne s’agit pas seulement de transmettre, mais aussi de co-construire.
Infhonnete: Quels résultats concrets attendez-vous de cette initiative ?
Issouf Koné : L’un des principaux résultats attendus est la constitution d’une base d’archives solide sur le rap malien. Cela inclut des témoignages, des documents et des contenus audiovisuels qui pourront être conservés et exploités. Cette base constitue un outil essentiel pour la mémoire collective.
Le pré-forum vise également à accroître la visibilité des acteurs historiques. En mettant en lumière leur parcours, il contribue à leur reconnaissance et à leur valorisation. Cela peut aussi inspirer d’autres initiatives similaires.
Un autre objectif est de structurer un réseau d’acteurs engagés dans la promotion du hip-hop. Ce réseau peut faciliter les collaborations et renforcer la dynamique du mouvement. Il crée un cadre propice à des projets futurs.
Infhonnete: À quand pour le Forum national?
Issouf Koné : Très bientôt ! Avant 2027.
Propos recueillis par Infhonnete





