Le mardi 24 Septembre, à Bamako, sur initiative de Reporter Sans Frontières (RSF), ce sont 500 radios des pays du Sahel qui ont lancé un appel vibrant pour la protection des journalistes au Sahel, où ils subissent des violences, des enlèvements et même des assassinats. À Kayes, à plus de 580 km de la capitale Bamako, les animateurs et journalistes des radios communautaires évoquent leurs difficultés qui ne sont pas seulement liés aux groupes armés terroristes.
Émettant à Kayes depuis 2007, la radio Bakoye Kayira a perdu son lustre d’antan et une bonne partie de son personnel. À ses difficultés économiques s’ajoute la difficulté de faire son travail de journaliste de façon professionnelle comme nous l’indique Mamadou Diarra, administrateur délégué de la radio Bakoye Kayira de Kayes « La majorité de la population aujourd’hui commence à prendre une vision unique. Vous êtes obligés de soutenir une cause, sans quoi vous êtes traités d’apatrides. »
Menacé directement, non pas par des terroristes comme dans certaines régions du pays, Mamadou Diarra a dû arrêter ses émissions pour éviter des représailles.
« À un moment, j’étais obligé d’arrêter mon émission parce que je recevais beaucoup de menaces. Souvent les informations que nous donnons allaient à l’encontre des autorités en place et ses supporters ce qui était la source de notre mal. J’ai reçu des appels de menaces ce qui a fait qu’à un moment j’étais obligé d’arrêter l’émission » dit-il.
À la radio de Sahel, toute première radio privée de la région créée en 1997, l’on semble avoir pris son parti en ce qui concerne le traitement des informations dits sensibles comme nous le dit son directeur, Amara Traoré « Ici nous ne traitons que des informations sécuritaires qui viennent de la Direction de l’Information et des Relations Publiques de l’Armée, DIRPA. Nous ne traitons pas autre choses »
Une attitude suivie à la lettre au sein de cette rédaction.
« On peut travailler librement selon les règles, mais on ne peut pas tout dire. Comme toutes les autres régions, nous faisons aussi attention et agissons selon les règles de l’éthique et de la déontologie » nous dit Mamadou Konaté, journaliste à radio Sahel.
Malgré les difficultés économiques et financières, ces radios jouent un rôle très important au sein de la communauté comme témoignent les auditeurs.
« Les radios nous donnent beaucoup d’informations. Quand je rate une édition je vais chercher à écouter la rediffusion » affirme la quinquagénaire, Kadiatou Bah.
« Les radios communautaires sont dans nos quotidiens. Ce sont aussi des relais pour des radios nationales et internationales. Ces radios font la promotion de nos valeurs culturelles et contribuent également à la promotion de la paix et de la cohésion sociale » estime Souleymane Dissa, professeur de français.
Entre précarité due au départ massif des partenaires et des ONG internationales et les pressions sociales, les radios de Kayes travaillent sous pression et appellent de tous leurs vœux à ce que le message lancé à Bamako le 24 Septembre par les 500 radios du Sahel soit entendu.
Mohamed Dagnoko, envoyé spécial à Kayes





