Les autorités traditionnelles coutumières jouent un rôle très important dans nos sociétés. Ce sont eux qui tranchaient les différends avant l’arrivée de l’administration judiciaire. À Sikasso, cette pratique continue dans le vestibule des 4 familles notables de la localité, selon Abdoulaye Traoré, un notable de la ville.
<< Si tous les villages et toutes les villes adoptaient le système de gestion du vestibule de Sikasso, il y aura la paix et la cohésion sociale au Mali >>, a indiqué Amadou Maïga, chef de la mission culturelle de Sikasso à la retraite, invité des notables pour rencontrer la délégation de l’Union des Journalistes Reporters du Mali en mission à Sikasso, en décembre dernier, dans le vestibule initié par les Traoré, descendants de Tièba et de Babemba, dernier rois du royaume de Kenedougou.
Visiblement, une ancienne construction en banco, un peu rénové, mais ils ont su garder le statut initial du vestibule, situé au grand marché de la ville.
<< A part quelques touches modernes, il garde son plan initial depuis dans les temps>>, a confirmé un notable de la ville.
<< Ici c’est le vestibule pour les notabilités de Sikasso “BlonBa de Sikasso” l’a où les notables se rencontrent. C’est le siège des Traoré, initié pour organiser des réunions hebdomadaires. On se retrouve ici chaque lundi. Pour traiter des dossiers. En cas de conflits, polémiques, des problèmes posés soit par une quelconque personne ou par un groupe de personnes, nous intervenons pour avoir des solutions.Même si un citoyen a des soucis avec l’administration en général, nous intervenons également. Ici, nous disons à chaque population qu’il est préférable de venir exposer les incompréhensions auprès des notabilités avant d’aller à la justice >>, a expliqué Abdoulaye Traoré, porte-parole des Traoré de Sikasso, aux hôtes du jour.
À ses dires, les Traoré l’ont initié, mais ils n’étaient pas les seuls à gérer historiquement jusqu’à maintenant. Ils sont assistés par les Berthé, les Sanogo, les Diamountènè etc.
<<Ce vestibule est un pan de l’histoire du Kenedougou. On a hérité de ça>>, a-t-il déclaré.
Selon l’ancien chef de mission culturelle de Sikasso, à Sikasso, le vestibule est fait de sorte que tout le monde sy trouve. Il regroupe les différentes familles notables, les fondateurs de Sikasso. Ce qui élimine, d’après lui, toutes sortes de conflits car ils gèrent ensemble les problèmes.
<<Tous les problèmes qui leur parviennent sont tranchés souvent à l’amiable, souvent en donnant le verdict final en toute objectivité. Je demande aux autres villes et villages de s’inspirer du vestibule de Sikasso pour un vivre ensemble harmonieux>>, a-t-il dit.
À en croire Amadou Maïga, les 4 grandes familles notables de Sikasso gèrent ensemble les différents types de conflits. <<Tout se gère ici devant les 4 familles >>, a-t-il insisté.
Par ailleurs, les notabilités de Sikasso se sont réjouis du fait que le président de la transition, le Général d’Armée Assimi Goïta ait redonné la valeur et la place que les autorités coutumières occupaient.
L’histoire du Kenedougou selon Abdoulaye Traoré
<< L’histoire du Kénédougou a été faite par les Traoré. Pendant la conquête coloniale, ils ont été assistés par certains alliés qui sont entre autres, les Berthé, les Sanogo, les Diamountènè jusqu’à la prise de la ville en mai 1898. C’est en 1898 que la dynastie des Traoré a pris fin. Il n y a pas eu deux dynasties dans l’histoire du Kenedougou >>, a-t-il fait savoir.
<< À l’époque, le royaume du Kénédougou se limitait au Badjè vers Bamako, avant Bougouni, à Tengréla en partant en Côte d’Ivoire, à la limite du royaume Guiriko en partant au Burkina Faso, et à Tièrai dans la zone de Koutiala>>, a ajouté Amadou Maïga, chef de la mission culturelle de Sikasso à la rétraite.
Qui dira que le royaume fut crée en 1845 par Massa Daoula, qui en est le père fondateur. Ce dernier est le père de Tièba et de Babemba, deux grands rois qui se sont succédés en tant que quatrième et cinquième rois. Ils sont les derniers rois de la dynastie des Traoré.
D’où vient l’appellation Sikasso ?
Selon Abdoulaye Traoré, Sikasso en langue Senoufô c’est la ville des Éléphants. Même s’il reconnaît qu’il y a eu beaucoup de déformation.
Autre héritage évoqué par le notable Traoré, c’est la discrétion, qui selon lui, est le propre des Sikassois.
<< C’est un héritage culturel que nous gardons jalousement. Nos prédécesseurs ont beaucoup travaillé dans l’éducation des enfants. Le respect, la manifestation de la vérité, et la discrétion surtout. Et nous continuons à léguer cet héritage culturel à nos enfants. C’est pourquoi nos enfants se font distinguer ailleurs. Et les autres pensent qu’ils sont renfermés. C’est l’éducation qui fait ça >>, a-t-il laissé entendre.
Moussa Sékou Diaby





