Le débat autour du futur sélectionneur national ne doit pas être réduit à une opposition entre entraîneur malien et entraîneur étranger. Il mérite d’être abordé avec hauteur, responsabilité et sens stratégique. L’enjeu n’est pas de remettre en cause les compétences des techniciens maliens, encore moins de contester les choix passés.

Il s’agit plutôt de poser une question essentielle : comment faire en sorte que le Mali dispose, demain, de plusieurs entraîneurs nationaux capables de diriger les Aigles au plus haut niveau africain et international ?

Sur les vingt dernières années, le Mali a souvent fait appel à des profils étrangers pour conduire son équipe nationale A. Ces choix répondaient à une exigence de performance immédiate, avec des entraîneurs disposant d’expérience internationale, de références en compétitions majeures et de diplômes reconnus. Entre 2005 et 2026, la sélection nationale A a été dirigée par une dizaine de sélectionneurs principaux, dont environ 70 % d’entraîneurs étrangers contre 30 % d’entraîneurs maliens.

Cette tendance n’est pas anodine. Elle traduit une réalité simple : au moment de faire des choix décisifs, le Mali s’est majoritairement tourné vers des profils disposant d’une expérience internationale confirmée. Et les meilleures performances enregistrées sur cette période renforcent ce constat :
– 3e place à la CAN 2012, sous la direction de Alain GIRESSE ;
– 3e place à la CAN 2013, sous la direction de Patrice CARTERON.

Ces résultats témoignent de la pertinence, à certains moments, de s’appuyer sur des profils expérimentés.
Mais ils invitent aussi à ouvrir un chantier de fond : la formation, la promotion et l’exposition des entraîneurs maliens au très haut niveau.

Les diplômes d’entraîneur : un cadre structurant.
La Confédération Africaine de Football (CAF) a progressivement structuré la formation des techniciens à travers un système de licences hiérarchisées, désormais indispensable pour exercer dans les compétitions officielles sur le continent.

Ce dispositif repose sur un parcours progressif, allant de l’initiation au plus haut niveau professionnel comme suit.

– Licence CAF D (Niveau initiation) : Porte d’entrée pour les débutants, elle est axée sur les fondamentaux du coaching, l’éthique sportive et l’encadrement du football de base et de masse.

– Licence CAF C (Niveau jeunes) : Elle permet d’encadrer les équipes de jeunes et constitue le premier niveau structuré de formation. Elle est indispensable pour accéder aux diplômes supérieurs.

– Licence CAF B (Niveau intermédiaire) : Requise pour entraîner dans les divisions inférieures ou occuper un rôle d’adjoint, elle combine formation théorique et pratique sur plusieurs mois.

– Licence CAF A (Niveau élite) : Elle constitue un prérequis majeur pour diriger des clubs engagés dans les compétitions africaines ou prétendre à des fonctions de sélectionneur national. Elle intègre des modules avancés en stratégie, management et leadership.

– Licence CAF Pro (Niveau professionnel) : Plus haut niveau de qualification, elle est réservée aux entraîneurs expérimentés. Son obtention suppose généralement d’être titulaire de la Licence A depuis plusieurs années et de justifier d’une expérience significative en tant qu’entraîneur principal au plus haut niveau.

Ce cadre structuré met en évidence une réalité essentielle : la formation est désormais au cœur de la performance technique au plus haut niveau. C’est dans cette perspective que se pose la question des diplômes comme levier déterminant.

La question des diplômes : un levier décisif.
Dans le football moderne, le niveau d’un sélectionneur ne se mesure plus uniquement à son expérience, mais aussi à sa formation. Ces diplômes constituent aujourd’hui un standard incontournable pour exercer au plus haut niveau.

À ce jour, le Mali dispose encore d’un nombre limité de techniciens ayant atteint ces niveaux de qualification, même si des avancées sont à souligner :
– Éric Sékou CHELLE est titulaire de la Licence UEFA Pro. Ancien défenseur international malien, il incarne un profil en progression, ayant conduit les Aigles en quart de finale de la CAN 2023 et évoluant désormais dans des environnements de très haut niveau.
– Mohamed MAGASSOUBA dispose d’une Licence CAF Pro et d’un parcours particulièrement riche, avec plus de 45 ans d’expérience dans le football. Ancien sélectionneur des Aigles (2017–2022), il est reconnu pour sa vision structurée du jeu et intervient aujourd’hui comme expert technique auprès de la CAF et de la FIFA.
– Djimi TRAORE, titulaire de la Licence UEFA Pro, évolue dans un environnement technique exigeant au niveau international. Ancien vainqueur de la Ligue des Champions avec Liverpool, il poursuit son parcours dans la formation élite, notamment à l’AS Monaco.

– Samba DIAWARA, premier ancien international malien à diriger un club de première division française, s’inscrit dans une dynamique de progression et prépare activement l’obtention de la Licence UEFA Pro.

Au-delà de ces profils, une vingtaine de techniciens maliens disposent de licences CAF A, B, C ou D, témoignant d’un vivier en formation. Toutefois, ces niveaux restent encore insuffisants pour répondre aux exigences du très haut niveau international.

Valoriser les acquis, structurer l’avenir.
Le parcours d’Éric Sékou CHELLE montre qu’un entraîneur d’origine malienne peut atteindre un niveau de qualification élevé et accéder à des responsabilités importantes. Cet exemple ne doit pas être perçu comme une exception, mais comme un point d’appui.
Il convient toutefois de souligner que cette trajectoire repose sur un facteur déterminant : un environnement de formation structuré, en l’occurrence en Europe.

Dans cette même logique, des profils comme Samba DIAWARA ou Djimi TRAORE évoluent dans des environnements professionnels qui favorisent leur progression.

Quant à Mohamed MAGASSOUBA, son parcours illustre une richesse d’expérience construite sur le terrain africain, entre clubs majeurs et sélections nationales, combinée à une formation académique solide.

Cette diversité met en lumière un enjeu stratégique majeur : reproduire progressivement, au Mali, des conditions de formation et d’encadrement comparables.

Par ailleurs, l’émergence de l’entraîneur malien de demain devra pleinement intégrer la diaspora technique.

L’entraîneur malien de très haut niveau : un chantier stratégique pour le mandat.
Le Mali a formé de grands joueurs. Il a exporté des talents vers les meilleurs championnats. Il a brillé dans les catégories de jeunes.
Il doit désormais franchir une nouvelle étape : structurer une élite technique nationale.
Cela suppose :
– Identifier un noyau de 10 à 15 entraîneurs à fort potentiel ;
– Les accompagner vers les diplômes CAF Pro / UEFA Pro ;
– Les exposer aux compétitions CAF ;
– Les intégrer dans les staffs nationaux ;
– Mettre en place un programme de mentorat.

L’objectif est de faire émerger, dans un délai de 3 à 5 ans, plusieurs profils maliens crédibles pour la sélection nationale A.

Le Mali ne doit pas baisser ses exigences. Il doit élever ses talents techniques au niveau de ses ambitions. Ce chantier peut devenir l’un des marqueurs forts du mandat actuel : non seulement gérer l’urgence sportive, mais préparer durablement l’avenir du football malien.

Le prochain grand sélectionneur malien ne doit pas être attendu par hasard. Il doit être construit.

Mahamet TRAORE,
Expert en communication stratégique, Consultant / Analyste football,
Fondateur de www.malifootball.com