Comment les populations en zone d’insécurité et de crises font-elles pour bien s’informer ? La question a tout son sens quand on sait que les officines de fabrique des Fake News ciblent ces zones sensibles où elles peuvent facilement induire les populations en erreur et même souvent les pousser à commettre des horreurs.  Au Mali, les zones comme le centre et le Nord du pays n’y échappent pas. Les nombreuses campagnes de sensibilisation des autorités et les initiatives des organisations non gouvernementales témoignent d’une prise de conscience du phénomène et des dangers qu’il représente.

Avec l’avènement et la floraison des réseaux sociaux, si l’on convient qu’avoir une information fiable est devenue difficile, c’est encore plus difficile pour les zones d’insécurité. Entre absence d’internet, des radios qui disent le minimum et la soif d’informations des populations, l’équation est très difficile à résoudre. C’est cette expérience que vient de vivre Mahmoud Cissé lors d’une mission effectuée à Bandiagara, au pays Dogon.

« Il y a un mois, pour une mission, j’étais dans la région de Bandiagara. J’ai pu voir que les réseaux sociaux constituent les sources d’informations pour la population. Il y a aussi des radios, mais j’ai compris que les animateurs et autres journalistes qui y travaillent ne traitent pas tous les sujets notamment ceux en lien avec la sécurité » témoigne Mahmoud Cissé, lui-même journaliste à la radio Djigui de Kati.

Dans ce  groupe d’amis appelé communément le « grin » les discussions tournent autour de l’actualité du pays. Entre les dernières festivités de l’indépendance, le discours du ministre des affaires étrangères à la tribune des nations-Unies avoir rien ne leur échappe.

 Ces informations qu’ils ont en temps réel est un privilège que n’ont pas toujours les populations des zones en crises.

« Si nous avons très vite les informations ici à Bamako et auprès de sources crédibles c’est parce que dans un premier temps nous avons une bonne connexion et dans un second temps, des médias qui nous informent en temps réel ce qui n’est pas le cas pour de nombreuses villes de l’intérieur. Dans  ces zones souvent de crises, les groupes armés s’attaquent aux antennes relais des opérateurs pour couper la connexion. La radio devient donc un recours pour elles. Des radios qui sont aussi limitées » reconnait Aboubacar Berthé.

Entre informations incomplètes du fait de la peur des représailles et le non accès aux services d’internet du fait des groupes armés, les parents qui sont souvent dans la capitale et autres grandes villes  sont les derniers recours de ces populations vivant en zones de crises pour s’informer.

« Je reçois de nombreux appels à chaque fois qu’il y a des situation critiques au pays dogons. Comme je milite dans de nombreuses associations de la communauté, je peux vite recouper l’information et leur donner des informations fiables. Je leur ai d’ailleurs toujours incité à procéder ainsi pour éviter les amalgames et de tomber dans le piège des Fake News » témoigne Aly Goundienkilé.

Ces populations ont aujourd’hui besoin d’informations fiables pour prendre de bonnes décisions et aider utilement le pays à retrouver la paix et la cohésion sociale.

Mohamed Dagnoko